—Notre recteur! notre recteur! hurla la foule.

Le lieutenant commença alors les sommations. Les paysans ne reculèrent pas.

—Chargez! commanda le gendarme exaspéré par cette froide résistance.

Les cavaliers s'élancèrent. Un long cri retentit dans la foule. Trois paysans venaient de tomber sous les sabres des gendarmes. Alors le combat commença. Les Bas-Bretons, exaspérés, attaquèrent à leur tour. Une mêlée épouvantable eut lieu sur la place. Quelques chevaux, atteints par le fer des faulx, roulèrent en entraînant leurs cavaliers. Les gendarmes se replièrent et firent feu de leurs carabines. Les paysans ripostèrent. Mal armés, mal dirigés ils ne maintenaient l'égalité de la lutte que par leur nombre; mais il était évident qu'à la fin les soldats devaient l'emporter.

Pendant près d'une heure chacun fit bravement son devoir. De chaque côté les morts et les blessés tombaient à tous moments. Au premier rang des combattants on distinguait le vieil Yvon. Ce fut à ce moment que Jahoua arriva. Le brave fermier se joignit à ses amis, et leur apporta le puissant concours de son bras robuste.

Cependant les soldats gagnaient du terrain. Ils étaient parvenus à s'emparer du recteur, et, se rangeant en colonne serrée, ils se préparaient à faire une trouée pour quitter le village. Les paysans reculaient quand une troupe d'hommes, arrivant au pas de course par la route du château, vint tout à coup changer la face du combat.

Cette troupe, composée d'une trentaine de gars armés de carabines, de piques et de haches, s'élança au secours des paysans. C'étaient les marins du Jean-Louis, commandés par Marcof. Le patron du lougre était magnifique à voir. Brandissant d'une main une courte hache, tenant de l'autre un pistolet, il bondissait comme un jaguar. Ses yeux lançaient des éclairs, ses narines dilatées respiraient avec joie l'odeur du sang et l'odeur de la poudre. En arrivant en face des gendarmes, il poussa un rugissement de joie farouche.

—Arrière, vous autres, cria-t-il aux paysans en les écartant de la main. Et se retournant vers sa troupe: A moi, les gars! En avant et feu partout! Tue! tue!

—Mort aux bandits! hurla l'officier de gendarmerie. Vive la nation!

—Vive le roi! A bas la constitution! répondit Marcof en fendant la tête du sous-lieutenant qui roula en bas de son cheval.