Keinec et Jahoua, se courbant sur les avirons, nageaient avec force pendant que Marcof tenait la barre.


En reconnaissant le chevalier de Tessy pour l'homme qui enlevait Yvonne, le tailleur de Fouesnan ne s'était pas trompé. Ainsi que cela avait été convenu entre lui et Carfor, le chevalier, accompagné d'un domestique, sorte de Frontin qui avait dix fois mérité les galères, était venu se poster sur la route de Penmarckh. Carfor avait compté se glisser dans le village, et, sous un prétexte quelconque, isoler Yvonne, s'en faire suivre ou l'enlever. Il pénétrait par le verger dans la maison d'Yvon, lorsqu'il entendit le vieillard donner à sa fille l'ordre d'aller au-devant de Jahoua. Le hasard servait donc le berger beaucoup mieux qu'il n'aurait pu l'espérer. En conséquence, il se retira vivement et courut dans les genêts prévenir le chevalier. Tous trois se tinrent prêts, et, ainsi qu'on l'a vu, ils accomplirent leur audacieux projet sans éprouver la moindre résistance.

A peine le chevalier fut-il à cheval, que Carfor et le valet gagnèrent la grève par le sentier des falaises. Pour première précaution ils coupèrent les amarres du canot de Keinec, le seul qui se trouvât sur la côte. Puis ils allèrent à la crique et armèrent promptement une embarcation préparée d'avance. Cela fait, ils attendirent. Le chevalier ne tarda pas à arriver avec la jeune fille. Il sauta à terre. Le valet prit le cheval et le conduisit dans une grange dont la porte était ouverte. Ensuite ils s'embarquèrent. Carfor, assez bon pilote, dirigea l'embarcation, et ils franchirent les brisants. Yvonne s'était évanouie de nouveau, et cette circonstance, en empêchant la jeune fille de se débattre et de crier, facilitait singulièrement leur fuite. En moins d'une heure ils doublèrent la baie des Trépassés et mirent le cap sur l'île de Seint; mais, arrivés à la hauteur d'Audierne, ils coururent une bordée vers la côte. Le vent les poussait rapidement. Ils abordèrent dans une petite baie déserte. Le comte de Fougueray les y attendait avec des chevaux frais.

—Eh bien? demanda-t-il au chevalier en lui voyant mettre le pied sur la plage.

—J'ai réussi, Diégo, répondit celui-ci.

—Bravo! A cheval, alors!

—A cheval!

—Et la belle Bretonne?

—Elle est toujours évanouie.