—Oubliez ces rêves, Philippe; oubliez cet avenir impossible! continua Julie. Pour rompre mes voeux, il faudrait un bref de Sa Sainteté; et croyez-vous qu'un tel acte puisse s'accomplir dans le mystère? On s'informerait de la cause qui me fait agir, et on ne tarderait pas à découvrir la vérité.
—Peut-être! répondit lentement le marquis. Lorsque vous connaîtrez davantage l'homme dont je vais lire l'histoire, histoire tracée de sa propre main, vous changerez sans doute d'opinion, et vous penserez avec moi que celui qui fut capable de faire ce qu'il a fait, peut nous sauver tous deux, et assurer notre bonheur à venir...
—Lisez donc, mon ami. J'écoute.
Alors le marquis se pencha vers le manuscrit, et commença à voix haute sa lecture.
III
L'ENFANT PERDU
«Vers la fin de l'année 1756, habitait à Saint-Malo un pauvre pêcheur nommé Marcof. Cet homme vivait seul, sans famille, du produit de son industrie. D'un caractère taciturne et sauvage, il fuyait la société des autres hommes plutôt qu'il ne la recherchait.
Un soir qu'il était, comme toujours, isolé et morose sur le seuil de son humble cabane, occupé à refaire les mailles de ses filets, il vit venir à lui un cavalier qui semblait en quête de renseignements. Ce cavalier, qu'à son costume il était facile de reconnaître pour un riche gentilhomme, jeta un regard en passant sur le pêcheur. Puis il s'arrêta, le considéra attentivement, et, mettant pied à terre, il passa la bride de son cheval dans son bras droit et se dirigea vers la cabane.
—Comment t'appelles-tu? demanda-t-il en dialecte breton.
—Que vous importe? répondit le pêcheur.