—La première fois que nous retournerons à Groix, il faudra faire présent à Notre-Dame d'une pièce de toile fine pour son autel, répondit la jeune fille.
—Nous la lui porterons ensemble aussitôt après notre mariage.
—Ah! prenez donc garde! votre jument vient de butter!
—C'est qu'elle a glissé sur une roche. Mais voilà que nous atteignons le coude du sentier, et de l'autre côté, la chaussée est meilleure.
Les deux jeunes gens approchaient en effet de l'endroit où Keinec se tenait embusqué. La crosse de la carabine solidement appuyée sur son épaule, le doigt sur la détente, dans une immobilité absolue, Keinec était prêt à faire feu.
Les voyageurs s'avançaient en lui faisant face. Mais la jument grise allait à petits pas; elle s'arrêtait parfois, et Jahoua ne songeait guère à lui faire hâter sa marche.
De la main gauche, le malheureux Keinec labourait sa poitrine que déchiraient ses ongles crispés. Enfin le moment favorable arriva. Keinec voulut presser la détente, mais sa main demeura inerte, un nuage passa sur ses yeux. Sa tête s'inclina lentement sur sa poitrine. Puis, par une réaction puissante, il revint à lui soudainement. Mais les deux jeunes gens étaient passés, et c'était maintenant Yvonne qu'il allait frapper la première. Deux fois Keinec la coucha en joue. Deux fois sa main tremblante releva son arme inutile.
—Oh! je suis un lâche! murmura-t-il avec rage.
Et Keinec se relevant et prenant sa course, bondit sur la falaise pour devancer de nouveau les deux promis. Les pauvres jeunes gens continuaient gaiement leur route, ignorant que la mort fût si près d'eux, menaçante, presque inévitable.
Au moment où Keinec franchissait légèrement un petit ravin, il se heurta contre un homme qui se dressa subitement devant lui. En même temps il sentit une main de fer lui saisir le poignet et le clouer sur place, sans qu'il lui fût possible de faire un pas en avant.