Saisissant ses pistolets, il sauta vivement à terre. Trois pas plus loin, il rencontra la monture de Jasmin. Enfin, à moitié caché par les genêts, il aperçut le cheval porteur du trésor qui se débattait encore dans les convulsions de l'agonie et inondait la terre du sang qui coulait en abondance de sa blessure. Mais Jasmin, Henrique et Hermosa avaient disparu.
Rendons justice à Diégo, il courut tout d'abord au cheval auquel il avait confié le fameux coffre. La précieuse caisse était toujours attachée sur la croupe de l'animal. Diégo poussa un cri de joie suivi bientôt d'un hideux blasphème. Il venait d'ouvrir le coffre et l'avait trouvé vide.
—Saint Janvier soit maudit! hurla-t-il en patois napolitain. La misérable m'a joué! Elle m'a envoyé à Audierne et son plan était fait d'avance. Elle était d'accord avec Jasmin!
Puis il s'arrêta tout à coup.
—Non, dit-il plus froidement, ils auraient fui avec les chevaux.
Un cri semblable à ceux qui avaient retenti aux oreilles de l'Italienne, un cri imitant à s'y méprendre celui de la chouette fit résonner les échos. Ainsi qu'Hermosa un quart d'heure auparavant, Diégo n'y prêta pas la moindre attention: il réfléchissait toujours, et se creusait de plus en plus la tête pour donner un motif raisonnable à la subite disparition de sa compagne, d'Henrique et de Jasmin, et à la mort des chevaux qui gisaient à ses pieds. Un second cri plus rapproché se fit entendre sans troubler davantage les pensées qui absorbaient le beau-frère du marquis de Loc-Ronan.
—Que diable peuvent-ils être devenus? s'écria-t-il en se frappant le front avec la paume de la main droite et en promenant autour de lui un regard interrogateur, comme s'il eût supposé que les arbres ou les genêts qui projetaient jusqu'à ses pieds leurs ombres noires eussent pu lui répondre.
Tout à coup il tressaillit et fit un pas en arrière. Son oeil venait de rencontrer le canon luisant d'un fusil passant au-dessus des genêts, et sur l'extrémité duquel se jouait un rayon de lune. Un troisième cri, semblable aux deux premiers, retentit derrière lui. Diégo pâlit, et saisissant la bride de son cheval, il sauta lestement en selle.
—Les royalistes! murmura-t-il en se courbant sur l'encolure de sa monture dans les flancs de laquelle il enfonça les molettes de ses éperons, les royalistes! Ce sont eux qui ont enlevé Hermosa!
Et il partit à fond de train en courbant plus que jamais la tête, car cinq à six balles vinrent siffler en même temps à ses oreilles. Aucune cependant ne l'atteignit.