Le fermier regardait autour de lui avec une sorte d'attention mêlée de crainte superstitieuse.
—Oui, répondit Marcof. Mais ne t'effraye pas, Jahoua, nous allons accomplir une bonne action, et s'il est vrai que les âmes des morts errent autour de notre canot, aucune ne doit chercher à nous nuire.
—Oh! fit le fermier, je n'ai peur ni des morts ni des vivants quand il s'agit d'Yvonne.
—Jahoua, interrompit brusquement Keinec, je crois que nous devons nous abstenir tous deux de parler de notre amour.
—C'est vrai, répondit Jahoua, tu as raison; ne songeons qu'à arracher la jeune fille à ceux qui l'ont enlevée.
—Laisse aller! ordonna Marcof.
Keinec cessa aussitôt de ramer, releva ses avirons, et le canot, poussé seulement par l'impulsion de sa propre vitesse, s'approcha rapidement de la grève. La quille laboura le sable.
Sur un geste de Marcof, Keinec s'élança hors de l'embarcation et sauta dans la mer, qui lui monta jusqu'à la ceinture. Marcof et Jahoua demeurèrent dans le canot. Keinec s'avança vers la terre ferme qu'il atteignit en quelques pas.
Là, il sauta sur un quartier de roc isolé, et examina attentivement la plage étroite qui lui faisait face. Aucun être humain ne se présenta à ses regards investigateurs. Marchant avec précaution, il alla jusqu'aux roches énormes qui s'élevaient fièrement vers le ciel. Tout était désert autour de lui.
Keinec, connaissant les habitudes mystérieuses et étranges du berger-sorcier, pensa que Carfor était caché dans quelque anfractuosité qui le dérobait à la vue. Alors il s'arrêta de nouveau et appela plusieurs fois à voix basse. Personne ne lui répondit. Enfin, convaincu que celui qu'il cherchait n'était pas dans la baie ou qu'il refusait de se montrer, il retourna vers l'endroit où il avait laissé ses compagnons.