—Laissez-moi faire, mes amis, dit M. de Boishardy en s'adressant au comte de La Bourdonnaie et au marin. Madame voudrait sans doute prolonger la conversation, mais je vous réponds qu'elle va parler nettement.
Hermosa sourit.
—D'abord, continua le gentilhomme, nous ne sommes nullement des voleurs, mais bien des personnages politiques. Veuillez vous rappeler cela. Une insulte nouvelle pourrait vous coûter la vie à tous trois. Réfléchissez!... Vous venez de défendre à cet homme de répondre, n'est-ce pas? Eh bien! ce sera vous alors, madame, qui allez nous faire cet honneur. Ne riez pas!... je vous affirme que je ne mens jamais. Veuillez m'écouter; je commence: Qui êtes-vous?
—Comme je ne vous reconnais pas le droit de m'interroger, pas plus que celui de m'avoir arrêtée, je ne vous répondrai pas.
—La chose devient piquante! Cet enfant est votre fils? continua Boishardy en indiquant Henrique.
Hermosa ne répondit que par un sourire railleur. Marcof se mordait les lèvres avec impatience et tourmentait la batterie de sa carabine. Boishardy, parfaitement calme, siffla doucement. Un paysan s'avança: c'était Fleur-de-Chêne.
—Ton fusil est-il chargé? demanda le chef.
—Oui.
—Très-bien. Appuie un peu le canon sur la poitrine de cet enfant.
Fleur-de-Chêne épaula son arme et en dirigea l'extrémité à bout portant sur Henrique. Hermosa poussa un cri et voulut se jeter entre son fils et l'arme meurtrière, mais Marcof lui saisit le bras et la cloua sur place.