—Que vous a-t-il dit?
—Il m'a montré deux lettres de Paris, trois de Londres, deux autres datées de Coblentz. De tous côtés on le pousse, on le presse, on le conjure d'agir sans retard.
—Et La Rouairie est prêt à agir?
—Oui. Les proclamations sont faites, les hommes vont être rassemblés. Les armes sont en suffisante quantité pour en donner à qui jurera d'être fidèle au roi et à l'honneur! Avant deux mois la conspiration éclatera, si toutefois l'on doit donner ce nom à la noble cause qui nous ralliera tous.
—Allez-vous donc vous joindre à eux?
—Provisoirement, oui; plus tard, je servirai le roi à bord de mon lougre quand la guerre maritime sera possible.
—Quand devez-vous rejoindre La Rouairie?
—Dans quinze ou vingt jours seulement.
Le marquis, en proie à de sombres réflexions, parcourut vivement la petite pièce: puis, s'arrêtant enfin brusquement devant Marcof, et lui prenant la main:
—Frère, lui dit-il à voix basse, la guerre va bientôt éclater dans le pays. Qui sait si nous pourrons encore une fois causer ensemble comme nous sommes libres de le faire aujourd'hui. Écoute-moi donc: Si je suis tué par une balle sur le champ de bataille, ou si je meurs dans mon lit de ma mort naturelle, souviens-toi de mes paroles. Tu vois ce casier de la seconde bibliothèque?