—J'en réponds, dit encore Boishardy.
—Adieu donc!
Marcof quitta rapidement la clairière et prit la route de l'abbaye de Plogastel.
—Oh! se disait-il en se glissant dans les genêts.
—Pauvre Philippe! je sais maintenant tes secrets. Je connais la cause de ta fuite. Je devine celle qui te fait abandonner la Bretagne au moment du danger. Mais je suis là, frère, et je veille. Déjà deux des misérables qui ont torturé ta vie sont entre mes mains, et le troisième ne m'échappera pas? Mon Dieu! faites que je puisse rendre à celui que j'aime de toute la force de mon coeur cette tranquilité qu'il a perdue! Que je le voie heureux et que je meure après s'il le faut. Mais comment se fait-il que ce chevalier de Tessy soit le même homme que ce Raphaël que j'ai rencontré jadis dans les Abruzzes? Il y a là-dessous quelque horrible mystère que je saurai bien découvrir plus tard. Oh! que je trouve ce comte de Fougueray, que je le tienne en ma puissance comme j'y tiens sa soeur maudite, et je parviendrai à leur faire révéler la vérité! Va, Philippe, tu seras heureux peut-être, mais je te ferai libre, je le jure!
Marcof était arrivé devant l'abbaye. Il monta rapidement à la chambre où il avait laissé Raphaël. Le cadavre du malheureux était dans une décomposition complète. La force du poison était telle qu'en quelques heures il avait accompli l'oeuvre que la mort met plusieurs jours à faire. L'air de la cellule était vicié par une odeur infecte et insoutenable. Marcof sortit vivement. Il appela Keinec et Jahoua. Aucun d'eux ne lui répondit. L'abbaye semblait déserte et abandonnée.
—Ils sont dans les souterrains, murmura Marcof; ils n'ont pas besoin de moi en ce moment. Je vais visiter encore la chambre qu'a habitée Yvonne et la sonder attentivement. La jeune fille n'a pu fuir que par une ouverture secrète qu'elle aura découverte.
Ce disant, le marin entra dans la cellule de l'abbesse. Il visita avec une profonde attention le plancher et les murailles; puis, ne découvrant rien et supposant que les meubles pouvaient cacher ce qu'il cherchait, il se mit en devoir de les enlever de la chambre. Il s'adressa d'abord au lit.
Le lit ne recouvrait aucun indice qui put mettre Marcof sur la voie qu'Yvonne avait dû prendre pour se sauver. Alors il voulut repousser le bahut d'ébène. Le meuble résista. On se rappelle qu'il était scellé à la muraille par l'un de ses angles.
Marcof employa inutilement ses forces. Saisissant sa hache, il attaqua les deux battants de la porte du bahut. Le bois craqua sous l'acier. Marcof arracha la porte qui céda, et sonda l'intérieur avec le manche de son arme.