Et les deux hommes, prenant congé de Carfor, regagnèrent le sentier périlleux qu'ils se mirent en devoir d'escalader.
—Je préfère cent fois cela!... murmura Carfor en les suivant d'un oeil distrait. Cette vengeance vaut mieux que toutes celles qu'aurait pu me procurer Keinec! Mais lui aussi me servira!
XI
LE SORCIER DE PENMARCKH.
C'était pour la nuit même de ce jour, lendemain de la Saint-Jean, que le sorcier avait donné rendez-vous au triste amoureux de la belle Yvonne. Keinec attendait avec impatience l'heure de se rendre à la baie des Trépassés. Enfin la nuit vint; dix heures sonnèrent à la petite église de Penmarckh. Keinec, alors, se dirigea vers la crique en portant sur ses épaules le bouc noir, et sous son bras les poules blanches que Carfor avait demandés.
Arrivé sur la plage, il détacha un canot, il y jeta son paquet, il sauta légèrement à bord et poussa au large. En marin consommé, en homme intrépide, Keinec allait braver les rochers et les âmes errantes de la baie des Trépassés; il se rendait par mer à la sinistre demeure du sorcier. A onze heures et demie, il abordait devant la grotte. Carfor était accroupi sur le rivage, occupé, en apparence, à contempler les astres.
—Te voilà, mon gars? dit-il avec étonnement.
—Ne m'attendais-tu pas? répondit Keinec.
—Si fait; mais pas par mer...
—Pourquoi?