—Il est trop tard! murmura le prêtre; le marquis est mort!... Dieu ait son âme!
Et, mettant pied à terre, il s'agenouilla dans la poussière au milieu des paysans courbés comme lui, et tous prièrent à haute voix pour le repos de l'âme du marquis de Loc-Ronan.
XIII
LE DERNIER DES LOCK-RONAN.
Lorsque le marquis de Loc-Ronan avait quitté la place de Fouesnan, il était remonté à cheval, et, toujours suivi de Jocelyn et de ses deux autres domestiques, il avait repris ainsi le chemin du château. Près de trois lieues séparaient l'habitation seigneuriale du petit village. Pendant la première moitié de la route, le marquis avait chevauché sans prononcer un mot. Il semblait plus triste qu'à l'ordinaire, et sa grande taille se voûtait sous le poids d'une fatigue physique ou d'une pensée incessante de l'esprit. Arrivé à un quart de lieue du château, il arrêta son cheval et appela Jocelyn. Le serviteur accourut. Le marquis était d'une pâleur extrême.
—Vous souffrez, monseigneur? demanda Jocelyn.
—Horriblement, mon ami, répondit le gentilhomme. J'ai la gorge en feu; je voudrais boire.
—La source est à deux pas, fit Jocelyn en s'éloignant rapidement.
Il revint bientôt, apportant à son maître un vase de terre rempli d'eau fraîche. Le marquis n'était plus pâle, il était devenu livide, et ses joues se tachetaient de larges plaques rouges. Jocelyn le regardait avec effroi. Le gentilhomme porta le vase à ses lèvres et but avec avidité.
—Je me sens mieux, dit-il, remettons-nous en route. Le petit cortége avança silencieux pendant quelques minutes. Puis le marquis chancela sur sa selle et s'arrêta de nouveau.