—Crois-tu pouvoir te les procurer?
—M'est avis que M. de Guilleragues m'y aidera.
Tandis qu'il s'entretenait ainsi, Valleroy avait dételé et attaché le cheval derrière la voiture, en jetant devant lui une botte de foin. Maintenant, quelques passants, attirés par l'étalage, s'arrêtaient, s'informaient des prix, marchandaient, achetaient, et Bernard, à l'exemple de Valleroy, se prodiguait pour répondre aux clients. Jusqu'à midi, ils furent ainsi tenus l'un et l'autre, empêchés de se distraire de leur besogne. Mais, à ce moment, il y eut un répit. Ils en profitèrent pour manger un morceau sur le pouce. Puis Valleroy, laissant Bernard à la garde de la boutique, s'éloigna afin de s'assurer un gîte pour la nuit. Bernard resta donc seul, et comme, en cette fin d'hiver, soufflait encore une bise froide sous un ciel grisâtre, chargé de neige, il se mit à marcher de long en large pour se réchauffer.
Sa station durait depuis une heure quand, d'une des rues donnant sur la place, il vit déboucher un individu qui, le nez au vent, les mains dans les poches, marchait en sifflotant. Sur-le-champ, il le reconnut. C'était le marquis de Guilleragues, non tel qu'il l'avait entrevu au café des Trois-Couronnes, le soir de son arrivée à Coblentz, tout pimpant sous le brillant uniforme des gardes du comte d'Artois, mais vêtu de noir, portant toute la barbe, coiffé d'un feutre à larges bords, d'où sortaient en désordre de longs cheveux dont les boucles flottaient sur ses épaules. De son côté, M. de Guilleragues le dévisagea et d'un air d'indifférence s'approcha de lui, comme attiré par l'étalage des marchandises exposées.
—Votre serviteur, chevalier de Malincourt.
—Votre serviteur, marquis de Guilleragues.
—À Bruxelles on m'appelle Wilhem Mauser, un passionné d'art et ami des
Français.
—Et moi, Bernard, neveu de Valleroy, marchand colporteur.
—Où est votre oncle?
—Le voici qui revient.