—Vous vous êtes mépris, mon enfant. Je n'entendais pas vous détourner de vos projets que j'ignorais. J'ai seulement cédé à mon coeur en vous signalant les dangers que vous allez courir. Votre entreprise est digne d'un bon fils, d'un gentilhomme. Mais vous êtes bien jeune pour les efforts qu'elle exigera.
—Voici l'ami qui doit me seconder, dit Bernard en posant sa main sur le bras de Valleroy. À deux, nous réussirons.
—Je prierai Dieu pour vous, ajouta la chanoinesse.
Elle avait attiré Nina sur ses genoux et la caressait tout en parlant.
Puis elle dit:
—Mais cette petite mignonne, qu'allez-vous en faire une fois à Paris?
—J'espère trouver quelqu'un à qui la confier, répondit Valleroy, sinon elle partagera notre sort, car il ne m'est pas permis de l'abandonner.
À l'appui de sa déclaration, il racontait maintenant à la chanoinesse de Jussac l'histoire de Nina depuis le jour où il l'avait rencontrée et les circonstances par suite desquelles elle se trouvait sous sa protection. En écoutant son récit, la chanoinesse éprouvait une émotion poignante. Au fur et à mesure que se déroulait le tableau des malheurs de l'enfant, elle la serrait plus étroitement entre ses bras, et Nina, qui s'y trouvait comme dans un nid chaud et moelleux, se laissait bercer par les caresses silencieuses qu'on lui prodiguait.
—Au lieu de l'emmener à Paris, dit tout à coup la chanoinesse, laissez-la moi. Je suis seule ici, isolée, triste, et, sous la fermeté dont je fais montre, souvent épouvantée par la perspective des catastrophes que je prévois. La chère petite sera ma joie, ma consolation, le charme de ma vie. Elle est orpheline. Plus tard, après les mauvais jours, mon frère et moi nous l'adopterons.
—Me séparer encore de Nina! soupira Bernard.
—Mais vous pourrez la voir, la voir souvent. Compiègne n'est pas loin de Paris… Vingt lieues à peine… une petite nuit en poste…