Au milieu de ces solliciteurs éplorés qui risquaient eux-mêmes leur vie en essayant de sauver celle d'autrui, parmi ces hommes dont le visage exprimait l'angoisse, parmi ces femmes en deuil, venues pour disputer à la guillotine un époux, un père, un frère, un fils, Valleroy, ne sachant à qui s'adresser, resta un moment décontenancé. Enfin, ayant interrogé un des sectionnaires préposés à la garde de la salle, il parvint à faire avertir de sa présence Joseph Moulette. Celui-ci vint aussitôt, et, apparaissant sur le seuil de la pièce où il se tenait, il appela d'un geste Valleroy qui s'empressa de le suivre.
—Je te sais gré, citoyen Valleroy, de n'avoir mis aucun retard à tenir ta promesse et d'être venu me trouver, dit Joseph Moulette. Que puis-je pour toi? As-tu un service à me demander ou une affaire à me proposer?
—C'est d'une affaire qu'il s'agit, répondit résolument Valleroy.
—Parle alors, je t'écoute avec l'attention que je dois à mon associé.
—On a arrêté hier une femme se disant chanoinesse de Jussac, continua
Valleroy. Elle est prévenue d'avoir conspiré contre la République.
—La chanoinesse de Jussac? dit Joseph Moulette. Il me semble que j'ai vu déjà ce nom quelque part.
Tout en parlant, il s'était assis devant une table couverte de papiers, et, maintenant, il avait l'air d'en chercher un parmi les autres.
—Que cherches-tu? demanda Valleroy.
—Parle, parle, je ne perds pas un mot de ce que tu dis. Justement, voilà le dossier de ta citoyenne. Je savais bien qu'il m'avait passé par les mains.
Il le feuilletait en murmurant entre ses dents: