—Oui, je comprends, et ton plan est certes bien imaginé. Mais l'exécution n'en est pas facile. Gagner la confiance de la citoyenne, comment?
—Rien de plus facile, au contraire, si tu veux me seconder.
—Tu as un moyen?
—Notre ci-devant chanoinesse est détenue au Luxembourg. Suppose que je sois nommé geôlier dans cette prison. Me voilà en relations quotidiennes avec la citoyenne. Je feins de m'intéresser à elle, de vouloir la sauver…
—Oui, oui, je comprends. Je comprends et je t'admire, car tu es un habile homme. Mais moi, que dois-je faire?
—Obtenir de Fouquier-Tinville ma nomination comme geôlier au Luxembourg. Tu me feras passer pour un de tes amis, bon patriote. D'ailleurs, je suis connu pour mon civisme. À la Commune et aux jacobins, vingt voix affirmeront que mes opinions sont pures et que jamais je ne tombai dans le modérantisme.
—Il suffira que je me porte garant pour toi, observa fièrement Joseph
Moulette. Fouquier-Tinville n'a rien à me refuser.
—Ce n'est pas tout, ajouta Valleroy, qui puisait l'imperturbable aplomb de son mensonge dans le souvenir qu'il avait gardé de la crédulité de Joseph Moulette, puisque ton crédit est tel que tu le dis, l'opération peut devenir plus lucrative que je n'espérais. La ci-devant Jussac possède un château aux environs de Compiègne. Après sa mort, ce château sera confisqué, mis en vente et nous tâcherons de nous le faire adjuger à bas prix. Il serait donc à souhaiter que, jusque-là, sous prétexte de frapper les aristocrates dans leurs biens comme dans leur vie, les jacobins de Compiègne n'allassent pas le détériorer.
—Ordre sera donné à la municipalité de cette ville d'y mettre bonne garde.
Joseph Moulette s'était levé. Soudain, il reprit: