—Pourquoi?

—Parce que je sais que, dans celle-là, les ennemis de la République ourdissent plus qu'ailleurs des complots liberticides.

—Et tu espères les déjouer?

—C'est mon principal souci.

—Tu sais que si tu trompais la confiance du peuple dont je suis ici le représentant, tu périrais?

—Je le sais.

—N'as-tu pas été jadis observateur pour le compte de la Commune?

—Elle m'a envoyé à Coblentz en l'an I de l'ère de la liberté pour surveiller les émigrés, affirma Valleroy avec effronterie.

—Le citoyen Joseph Moulette me répond de toi et cela me suffit. Je vais donc faire ce que tu me demandes. Dès demain, tu seras geôlier au Luxembourg. Mais ce n'est pas seulement pour garder les prisonniers que je t'y envoie; c'est aussi pour surveiller ceux qui les gardent. Partout règne la trahison. Nous croyons tout savoir et nous ne savons rien. Le plus souvent, nos agents eux-mêmes pactisent avec nos ennemis. Ta vigilance devra donc s'exercer surtout sur le personnel de la prison, sur les gardiens, sur les sectionnaires, sur le greffier, et, fréquemment, tu me rendras compte par écrit de ce que tu auras découvert.

—Je me conformerai scrupuleusement à tes ordres, citoyen.