Et, comme s'il revenait à lui, il bondit vers l'une des croisées, l'ouvrit, et, se penchant au dehors, il appela:

—Au secours! À moi, Chourlot!

Les chauffeurs demeuraient immobiles et impassibles. Mais celui qui portait un masque dit:

—N'appelle pas, Joseph Moulette. Personne ne viendra à ton secours.
Nulle puissance au monde ne peut te soustraire au sort qui t'attend.
L'heure est venue d'expier tes crimes.

À ce menaçant langage, le citoyen président, qui s'était éloigné de la fenêtre, instinctivement, voulut s'en rapprocher, décidé, dans ce péril extrême, à sauter de la hauteur du premier étage pour s'enfuir à travers le parc. Mais elle était fermée et gardée par deux hommes. Il se précipita vers l'autre; elle était également gardée.

—On, ne sort plus, reprit l'homme masqué.

Il fit un signe, et ses complices au visage noir de suie se jetèrent sur
Joseph Moulette.

—Allez-vous m'assassiner? s'écria le citoyen président, tentant en vain de se débattre.

Personne ne lui répondit. On le couchait brutalement par terre, et, tandis que trois chauffeurs le clouaient au sol en fixant ses bras au long de son corps, un quatrième déroulait un peloton de grosse ficelle et ligotait le malheureux des épaules aux genoux. Ce fut fait en un tour de main. Lorsque l'opération se termina, il était hors d'état de remuer. Cependant, tout en lui infligeant cet abominable traitement, on ne l'avait pas encore frappé. Il se demandait, avec une angoisse mêlée d'espoir, à quel genre de supplice il allait être soumis. Son incertitude fut brève. Une main brutale lui arracha ses bottes et ses bas. Bientôt, sous ses jambes et ses pieds nus, il sentait la fraîcheur des dalles. Il comprit et fit entendre une plainte. Mais elle ne pouvait attendrir ses bourreaux. Ceux-ci, l'ayant soulevé, le portèrent devant la cheminée, les pieds nus tendus vers le feu.

—Chauffez! ordonna l'homme masqué.