—Vous aimez tendrement cette petite Nina, tante Isabelle?
—Autant que vous aimez votre maître, Monsieur Valleroy.
Ils se regardèrent. À leur insu, l'identité de leurs sentiments rapprochait leurs coeurs, formait entre eux un lien plus fort.
—Nous avons tous deux ici-bas une tâche égale, reprit Valleroy, un enfant à protéger et à élever.
—Oui, mais celui qu'on vous a confié aura une destinée meilleure que celui dont j'ai la garde.
—Qu'en sait-on? Les parents de M. le chevalier sont en prison, réservés peut-être à quelque mort affreuse.
—S'il a le malheur de les perdre, il aura du moins leur fortune pour assurer son existence, son frère pour l'élever; enfin, à défaut de fortune, à défaut de son frère, il peut compter sur vous.
—Je ne suis qu'un homme, moi; je ne saurais lui tenir lieu de mère si jamais il devenait orphelin; si j'étais chargé de le préparer aux devoirs de la vie, je voudrais une compagne comme vous pour m'aider à remplir ma tâche. Elle serait une mère pour M. le chevalier; je serais un père pour Nina.
—Vous me jugez avec trop de bienveillance.
—C'est mon coeur qui vous juge, et il ne se trompe pas.