—Il fallait s'y attendre, objecta le vidame. Voici trois mois que le gouvernement de Paris, pressé par l'Assemblée nationale, a fait connaître sa volonté. Il ne se laissera pas braver indéfiniment.

—Par bonheur, les puissances ont enfin mesuré le danger dont les menace la Révolution. Elles sont décidées à agir. L'empereur François II a donné l'ordre à ses troupes des Pays-Bas de marcher sur la frontière de France. D'un autre côté s'avance un Corps prussien. Il traversera Coblentz vers le milieu du mois prochain. Le duc de Brunswick est nommé généralissime des armées alliées. Il arrive ici demain.

—L'impératrice Catherine intervient-elle? demanda Morfontaine.

—Non encore par les armes. Mais le prince de Nassau est arrivé ce soir de Saint-Pétersbourg, apportant un million qu'elle offre à la cause royale. Quant aux émigrés, le général marquis de Bouillé vient d'obtenir du roi de Prusse qu'ils soient employés dans les opérations qui se préparent. Brunswick résistait. Il ne voulait pas de nous. Mais Frédéric-Guillaume s'est prononcé. L'armée des princes et l'armée de Condé seront de la partie. On doit négocier à Mayence les conditions de leur entrée en campagne.

—Enfin, nous allons donc combattre! s'écria Guilleragues dont le visage s'illuminait.

Le vidame intervint.

—Ne vous réjouissez pas, mon neveu, dit-il. Ce sera un triste spectacle que celui de Français mêlés aux armées étrangères pour combattre contre des Français.

Les jeunes gens protestèrent.

—Quoi, Monsieur le vidame, c'est vous qui parlez ainsi? dit
Morfontaine.

—Quand il s'agit de délivrer le roi et de rendre à la noblesse de
France ses antiques privilèges! continua le vicomte Armand.