Armand tendit la main à Valleroy.

—Tu as rempli tout ton devoir, mon brave, lui dit-il, et au nom de ma famille, en mon nom, je te remercie d'avoir sauvé mon frère.

—Vous me remercierez quand j'aurai complété mon oeuvre, Monsieur le vicomte, répondit Valleroy.

—Que veux-tu dire?

—Je veux dire que je partirai dès demain pour Épinal et que, dussé-je y laisser ma peau, je délivrerai nos prisonniers.

—Il a un plan, un plan superbe, ajouta Bernard.

Armand secoua la tête et fit un geste de dénégation.

—Je ne doute pas de la beauté de ton plan, Valleroy, reprit-il, ni du courage que tu mettrais à l'exécuter; mais je doute de son efficacité. Toute la noblesse de France conjurée, soutenue par l'or des puissances, n'a pu délivrer le roi.

—Justement parce que c'est le roi, et peut-être aussi parce qu'elle n'a pas su s'y prendre.

—Tu es libre de le croire; mais tu n'es pas libre d'aller exposer ta vie sans mon consentement, et sans que nous ayons étudié le moyen d'atteindre le but que nous poursuivons. Et puis si nous décidons qu'il y a lieu de tenter cette grande entreprise, n'est-ce pas à moi qu'il appartient d'agir?