Cependant madame Drouart n’était pas tout-à-fait sans défiance. Louise, d’autre part, craignit d’avoir excité les soupçons de sa mère.

Dans la matinée du 3, vers les neuf heures, quelqu’un tourna le bouton de la porte. Louise se levait.

—Restez, ma fille, dit madame Drouart avec un geste de mauvaise humeur; je vais répondre moi-même.

Louise tremblait pour sa lettre de midi. Il est temps, pensa-t-elle, que Gustave cesse de m’écrire: nous serions surpris d’un jour à l’autre. Si j’ai le bonheur de le voir encore une fois, je l’avertirai.... Je lui dirai de ne plus m’apporter de lettres... J’aime mieux lui parler, lui donner un rendez-vous.... Maman sort le 6; eh bien, le 6 il s’expliquera; nous nous verrons le 6: car lui écrire, c’est ce que je ne ferai jamais; et pourtant il faut bien qu’il connaisse mes raisons et que moi je connaisse les siennes!...

A midi moins quelques minutes, Louise entendit un coup de sonnette, et elle se précipita vers la porte d’entrée. Gustave lui tendit une lettre dont elle ne se saisit pas tout de suite, tant elle était effrayée.—Le 6, toute la journée, attendez-moi au coin de la rue Saint-Denis, lui dit-elle à voix basse et à la hâte. Le 6, entendez-vous?... Ne m’écrivez plus!

Puis elle referma bien vite la porte sur Gustave, qui lui jeta son billet, en fuyant.

Louise se baissait pour ramasser la lettre de Gustave, quand une main plus empressée que la sienne s’en saisit.

Pas un mot ne fut échangé entre la fille et la mère. Madame Drouart rentra dans la chambre où sans doute elle lut le billet de Gustave. Louise n’osa de long-temps sortir du cabinet.

Enfin elle revint près de sa mère. Madame Drouart lui dit d’un ton ferme: Ma fille, avant quatre jours vous aurez quitté Paris. En attendant, je vous ordonne de ne rien faire qui me déplaise. Si mon autorité est impuissante; si vous avez méconnu tout, l’amour de votre mère, la voix de votre père lui-même, il est des lois en France, des lois que je n’invoquerai pas en vain, et qui protégeront ma vieillesse contre la honte d’une fille qui se déshonore.

En achevant ces mots, madame Drouart sortit de la chambre et s’enferma dans son cabinet. Là, seule avec ces tristes pensées, elle s’abandonna à toute sa douleur, demandant mille fois à Dieu de l’éclairer dans la conduite qu’elle devait tenir. Elle avait menacé Louise de l’autorité des lois, sachant bien qu’il n’est, en aucun pays du monde, des lois qui protégent les mères contre le déshonneur de leurs filles; et ces lois existassent-elles, qui donc lui donnerait la force d’appeler leur châtiment à son secours? Non. Le seul espoir qui lui reste est tout entier dans les conseils du général Darvin. Il l’aidera de son expérience, de son amitié. C’est le protecteur, l’appui de leur famille. Il sauvera la femme et la fille du capitaine Drouart!...