Et moi aussi me vlà, avec la bouteille et j'ai choisi la plus grande. (Criquet emplit les verres, on boit).

JULIEN.

A présent, mon cher Criquet, parle-moi de ma bonne mère: elle se porte bien, n'est-ce pas? tu la voyais tous les jours, tu lui parlais de moi et rien ne lui a manqué pendant mon absence?

CRIQUET.

Oh! pour ça, Julien, j'te promets qu'parrain en a eu un soin!... mais un soin!... alle était comme un coq en pâte, quoi!... Dame, aussi, c'est qu'j'allais la voir tous les jours, c'te pauvr'vieille... et de quoi qu'a m'parlait? toujours d'son Julien, mon p'tit Julien par ci, mon p'tit Julien par là!... Mon Dieu, qu'a disait, s'il était blessé!... s'il était tué... si... enfin, ben des choses... et pis, dame, alle pleurait... moi, ça m'arrachait l'coeur et tout d'suite j'y donnais des consolations... et pis d'autres fois, j'y contais des p'tites fariboles et j'la faisais rire!

JULIEN.

Bonne mère!

CRIQUET.

Ah! ça, dites donc, les amis, à présent qu'on s'est rafraîchi, et en attendant les autres avec parrain, car y vont v'nir, ben sûr, pass'que tout à l'heure, j'viens de dire au p'tit Piquelet qu'vous étiez arrivés; ah ben, fallait l'voir, il a pris ses jambes à son cou pour courir au village... En attendant, toi, mon Robert, raconte-moi donc l'combat d'une bataille, hein?

ROBERT.