Loin des objets réels, loin du monde rieur,

Elle arrive à pas lents par une obscure rampe

Jusqu'au fond désolé du gouffre intérieur;

Et là dans cette nuit qu'aucun rayon n'étoile,

L'âme, en un repli sombre où tout semble finir,

Sent quelque chose encor palpiter sous un voile.—

C'est toi qui dors dans l'ombre, ô sacré souvenir!

On a dit des Rayons et des Ombres que le poète y résumait en quelque sorte toute son œuvre lyrique antérieure. On y retrouverait, par exemple, l'inspiration dominante des Feuilles d'automne, c'est-à-dire les souvenirs de l'enfance, et l'expression des sentiments qui se rattachent au foyer, l'amitié fraternelle, l'amour filial, l'adoration, ou, pour emprunter le mot de Sévigné, la triple «idolâtrie» de la mère, de l'épouse, et des enfants. Ce serait la «pitié aumônière» déjà exprimée dans les Chants du crépuscule, qui reparaîtrait dans des pièces comme la Rencontre des quatre enfants sans parents, sans abri, sans souliers et sans pain.

Je n'énumère pas jusqu'au bout ces prétendues analogies; car je suis beaucoup plus frappé des différences. Ce n'est pas aux écrits antérieurs de Hugo que ces pièces me font penser: j'y vois déjà l'idée et le dessein des grands écrits de sa maturité. Je trouve dans la Rencontre un avant-goût de la satire toute sociale des Contemplations, et je démêle un coin de la philosophie des Misérables dans cette leçon que la nature donne à l'homme, en prodiguant aux mendiants toutes les douceurs de la tiède saison.

Et son œil ne vit rien que l'éther calme et chaud.