Nos prières, nos deuils, dans les petites mains
De votre infante Jeanne, innocente et pareille
A la fraise des bois où se pose l'abeille.
LA SATIRE
LES CHATIMENTS.
Le poète qui a le plus noblement parlé de Hugo, Sir Algernon Swinburne, a donné des Châtiments cette large définition: «Entre le prologue Nox et l'épilogue Lux des Châtiments, les quatre-vingt-dix-huit poèmes qui roulent, qui brisent, qui éclairent, qui tonnent comme les vagues d'une mer visible, exécutent leur chœur d'harmonies montantes et descendantes avec presque autant de profondeur, de variété, de force musicale, avec autant de puissance, de vie, autant d'unité passionnée, que les eaux des rivages sur lesquels ils furent écrits.»
Un seul sentiment, l'indignation, anime et soulève toute cette œuvre; mais que de formes il revêt, et que d'accents divers il fait jaillir! C'est d'abord le contraste cruel des deux Napoléon, qui se poursuit, tantôt avec une ironie cuisante, dans la chanson «Petit, petit,» tantôt avec une fougue passionnée dans les iambes de la Reculade.
Cette antithèse s'éclaire de toutes les couleurs de la poésie orientale dans l'entrevue avec Abd-el-Kader; elle s'étale surtout avec une puissance d'imagination tout à fait saisissante dans la pièce si connue de l'Expiation, qui est à elle seule une grande épopée.
Ce n'est pas l'usurpateur seulement et ses forfaits que poursuit l'imprécation vengeresse du satirique; elle s'attache à ses complices de tout ordre, juristes corrompus, journalistes gagés, pamphlétaires de robe courte.