I

Le livre des Quatre vents de l'esprit présente en raccourci l'œuvre poétique de Hugo, ou tout au moins nous en résume les aspects, satire, drame, ode, épopée.

Dans la partie du livre consacrée à la satire, Hugo définit la satire même. Il montre quel rôle social a pris, de notre temps, cette forme de la poésie.

Du temps que le poète était écolier, le genre satirique en vigueur n'était guère qu'une façon de critique littéraire agressive et mesquine, l'art de découvrir des défauts et de ne pas entendre les beautés inusitées:

Dévidant sa leçon et filant sa quenouille,

Le petit Andrieux, à face de grenouille,

Mordait Shakspeare, Hamlet, Macbeth, Lear, Othello,

Avec ses fausses dents prises au vieux Boileau.

Dans la pensée de Hugo, la satire de ce siècle-ci ne peut s'en tenir à ces gloses superficielles. Il ne lui suffit même plus de s'attaquer à un métier, à une caste, et de s'égayer aux dépens des marquis ou des médecins. Elle a pour mission de condamner et de flétrir les oppresseurs, elle doit sa pitié aux vaincus, son aide aux misérables, son admiration exaltée aux grands esprits persécutés ou méconnus; il faut qu'elle surgisse, à la façon du spectre de Shakespeare, à l'heure du banquet, et qu'au milieu du triomphe immoral,

Elle apporte cynique un rire d'Euménide,