Avec ce marbre et ces bronzes en marche, toute une face du passé, la royauté, terrible et triomphante, se dresse devant nous. Voici l'autre face, le peuple. Sur la route des «quais noirs» que suivent les statues, apparaît le Pont-Neuf avec ses mascarons étranges. Toutes ces «gueules douloureuses,» ouvrage d'un «rude ouvrier,» figurent la foule sans nom des «souffrants» et des «lamentables...» Dans le regard de ces masques tordus par les sanglots ou convulsés par les ricanements s'allume une lueur vengeresse, et l'un de ces visages de damnés prend une voix pour dire au troupeau des manants ce que furent ces rois qui passent. Avec ce réquisitoire brûlant, la satire, une fois de plus, enflamme l'épopée.

Et voici l'élément tragique. Les rois sont arrivés au bout de leur course nocturne. Sur la place déserte, au lieu où le regard de ces aïeux cherche le descendant, se dressent deux poteaux noirs surmontant un triangle livide:

L'œil qui dans ce moment suprême eût observé

Ces figures, de glace et de calme vêtues,

Eût vu distinctement pâlir les trois statues.

Ils se taisaient; et tout se taisait autour d'eux:

Si la mort eût tourné son tablier hideux,

On en eût entendu glisser le grain de sable.

Une tête passa dans l'ombre formidable;

Cette tête était blême; il en tombait du sang,