Que l'âme verse au monde et que Dieu verse à l'âme!

C'est dans de pareilles pages qu'il faut chercher l'originalité du volume, et non dans les aubades, les effusions de tendresse ou les actes de foi, antérieurs de quelques années, et animés d'un autre esprit. On reconnaît sans peine ces poèmes de la vingtième année à leur caractère élégiaque, et à cette tendance mystique, à ce besoin d'adoration que sûrement en 1835 (date de la publication des Chants du crépuscule) Victor Hugo ne ressent plus. S'il y a eu dans la période de sa vie antérieure à l'exil une heure de doute, de mélancolie morose, de pessimisme amer, douloureux, agressif, cette heure est arrivée.

Ce mécontentement s'explique assez par le regret très vif de la première jeunesse.

Il fut un temps, un temps d'ivresse,

Où l'aurore qui te caresse

Rayonnait sur mon beau printemps,

Où l'orgueil, la joie et l'extase,

Comme un vin pur d'un riche vase,

Débordaient de mes dix-sept ans.

A ce moment il avait la gloire devant lui; elle brillait dans le lointain, mais il bondissait vers ce but: