A quelque objet pareil dans la forêt de l'âme.

Avec la voix de la Terre, éclate, pour la première fois[3], dans l'œuvre de Hugo, le chant de la Mer, qui grondera si puissamment dans les Contemplations, dans les Châtiments, et dans la Légende des siècles. Cette intimité merveilleuse qui s'établira, pendant les années de l'exil, entre le poète et l'Océan, s'explique, s'annonce, avant l'heure de la rélégation sur les rochers anglo-normands, par des affinités dont voici la première preuve. Qu'on relise Soirée en Mer, ou encore Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir. Qu'on joigne à ces premières impressions les deux pièces des Rayons et Ombres, Cæruleum Mare, où s'exprime l'idée qu'éveille le spectacle de l'Océan, et Oceano Nox, où se traduit plus fortement le sentiment qui se dégage de ses murmures. On aura dans ces quatre odes comme un prélude de cette symphonie immense de la mer, que Hugo écrira plus tard, et qu'il jettera par lambeaux à travers ses chants lyriques, ses romans, ses satires, ses épopées.

LES RAYONS ET LES OMBRES.

On peut rapprocher, sur d'autres points, les Rayons et les Ombres des Voix intérieures. L'un et l'autre de ces deux recueils offrent, dans un petit nombre de pièces, de facture exquise, l'union très heureuse de deux éléments très divers, la nature et l'art, associés ici d'une façon presque classique. On songe à Versailles et à la préface de la Psyché de La Fontaine, quand le poète s'achemine

Vers la grotte où le lierre

Met une barbe verte au vieux fleuve de pierre!

Et lui-même, en décrivant le parc austère, au grand «bassin dormant,» où moisit maintenant «un Neptune verdâtre» et où jadis le roi Louis, tenant par la main ou Caussade ou Candale, errait sous les ombrages, il éveille, non sans raillerie, le souvenir des rimes de Boileau.

Cette inspiration si gracieuse gagne, d'un volume à l'autre, en profondeur mélancolique, et elle produit, sous le titre de la Statue, ce délicieux entretien avec le Faune isolé, immobile, oublié «dans sa gaine de marbre.» La musique seule égalerait ce que produit ici la poésie, évoquant, avec je ne sais quel ineffable mystère, les élégances somptueuses, royales, galantes du passé, dans ce puissant paysage d'hiver:

D'autres arbres plus loin croisaient leurs sombres fûts;