—Tenez! dit-il, théâtralement.
Il tendait la lettre laissée sur la table, à côté de la relation de vie et de mort de Louis-Napoléon Solsequin. Un sourire le crispa au toucher de la prose de Mlle Bélier qui chevauchait et jonchait la sienne. Et tandis que la jeune fille, après un:
—Il n'y a pas d'indiscrétion au moins? se plongeait dans sa trouble philanthropie, l'ancien forçat rivait ses yeux aux yeux baissés, à la bouche attentive, au nez frémissant de la visiteuse: déjà, elle était à lui. Quand elle eut achevé les lignes providentielles, elle demeura un long instant à s'interroger et à peser sa pensée, puis:
—Je vous fais amende honorable. Mais je vous comprends encore moins. Pourquoi avez-vous fait dépouiller ce triste Solsequin?
—Pourquoi? Mais pour les autres, pour les vrais pauvres. Pourquoi, lui, voulait-il être tout en or, être de l'or! Il n'avait pas le droit.
—Il en avait le droit, puisqu'il en avait le désir.
—Alors, le désir est un droit!
... C'était le vrai B. de La C. qui avait jeté le cri. Il se jeta lui-même.
Un être dans l'état du prétendu Rocaroc n'a plus ni bras, ni jambes, ni cerveau. De sa face, il n'a gardé que la bouche et quant au reste du corps, mieux vaut n'en pas parler: tout, en lui, est devenu valet de bourreau, valet de la brute innommable, tout est sous-instrument, tout est violence atroce puisque c'est sous-viol. La victime s'effraie, se débat: les valets de bourreau s'affolent, outrent leur bestialité sans joie, les veines, les artères: les os se coagulent, bourdonnent, font rage pour amuser le despote ivre, le despote furieux; les yeux sentent sourdre en eux un trop-plein de sève qui les aveugle; les oreilles éclatent des soupirs et des rages de tout à l'heure; les dents prennent une teinte animale et abjecte: tout l'effort, toute l'attaque, tout le crime est couleur de stupre.
La pauvre ne résistait pas. Grotesque, roulée en boule, elle était, par génie d'inertie, une forteresse imprenable. Rocaroc ne trouvait pas l'étreinte, ne pouvait ni envelopper, ni écarter des bras idiots, des bras stupides, aussi bêtes que des épées inexpertes qui trouent, sur le terrain, sans savoir comment. Elisabeth-Juliette s'attendait à tout, sauf à cette agression. Pantelante et hérissée, elle aspirait à la mort, tout de suite, à la mort foudroyante, à la mort qui l'aurait enlevée très loin, très loin de ce guet-apens dont elle était elle, Bélier, l'auteur responsable et la victime, non, non, pas la victime, jamais, jamais!...