Mais le jeune homme s'emportait.
—Oui, mais tout ça, tout ça, ce n'est pas toi. Tu n'es pas d'ici.
Elle eut un rire clair. Il insistait:
—Si tu étais d'ici, tu ne remarquerais rien. Tu ne regarderais rien. On ne regarde pas, à Paris. Si je me suis mis à la fenêtre, c'était pour avoir un peu d'air. J'ai mal au cœur, à tout. Et aussi pour ne pas te voir parce que, mon Dieu! je serais retombé sur toi, simplement. Mais tu te trahis! tu t'intéresses à ça? Tu n'es pas d'ici, vois-tu, je te le jure. Est-ce que c'est pour toi, ça? Est-ce que tu as besoin de savoir, de connaître? Tu es femme et tu n'es pas d'ici, non, non.
Elle le toisa, et toisa en lui son essence, son pays, tout le mystère de la race, la sève du sol, la semence de l'air natal.
—Est-ce que tu serais patriote?
—Je ne suis pas assez riche, ricana-t-il. Je n'ai pas de terres et je n'ai pas assez d'argent pour acheter un drapeau. La patrie, c'est la vie,—et je veux vivre. Mais, tout de même, il y a quelque chose qui me gêne: je ne sais pas si tu aurais tourné—si tu étais d'ici. L'audace, l'aventure! Enfin, on n'ose pas ici, et voilà, tu oses, toi,—et je t'aime...
Hautaine, elle interrompit:
—Oui, tu te devais à une fiancée de ton village, une promise, n'est-ce pas? La connais-tu ou l'attends-tu? Mais je ne veux pas te voler, moi.
Il éclata: