LES TEMPS MODERNES

Caractères généraux.—Italie et Allemagne.—Le champ de bataille italien. Le roi de Sardaigne.—Le champ de bataille allemand. Prusse et Autriche.—La région intermédiaire.—Les provinces laissées sous la domination des Habsbourg.—La séparation des Pays-Bas.—Les Provinces-Unies.—Les Cantons Suisses.—La France.—L'Espagne.—L'Angleterre.—L'Orient. La Prusse.—L'Autriche.—Différence essentielle entre la Prusse et l'Autriche.—La Russie. Retour sur le moyen âge.—La Russie moderne.—L'originalité russe.—Conclusion sur l'histoire moderne. Les trois régions. L'Europe occidentale.—L'Europe orientale.—Les mœurs et les idées nouvelles.

NOTRE SIÈCLE

La destruction de l'Europe.—La Restauration de l'Europe.—Le patriotisme révolutionnaire.—Le principe des nationalités.—Les nations nouvelles.—Imperfection de l'œuvre. Incertitude de définition.—Conséquences de l'application du principe en Italie.—Conséquences de l'application du principe en Allemagne.—La question d'Alsace.—Les guerres de conquêtes.—L'expansion de l'Europe.—La politique d'autrefois et celle d'aujourd'hui.—Les causes de paix.—Les causes de guerre.—L'individualisme national.—Le total.

AVANT-PROPOS

_Présenter au public une Vue générale de l'histoire politique de l'Europe [L'idée de ce volume m'a été donnée par une préface, que j'ai écrite en 1886 pour la traduction d'un livre de M. FREEMAN, (Histoire générale de l'Europe par la géographie politique, par M. Edward A. FREEMAN, traduit par M. Gustave LEFÈVRE; Paris, Armand Colin et Cie.) Il m'a semblé qu'il y aurait quelque utilité à développer ce premier essai, et à en faire un livre.], c'est encourir le reproche d'avoir trop entrepris. On sait aujourd'hui la peine et les soins qu'il faut pour établir la vérité d'un seul fait: comment prétendre, dès lors, raisonner sur cette quantité considérable de faits dont se compose l'histoire politique de l'Europe?

Les historiens, qui osent encore traiter de pareils sujets, peuvent dire, pour leur défense, que, si les détails sont douteux souvent, les grands faits ne le sont point. Nous ne savons pas, avec une pleine sécurité, les mobiles intimes de la révolte de Luther, et il y a des obscurités dans l'histoire de la bataille de Waterloo, mais il est certain que Luther s'est révolté, certain que la bataille de Waterloo a été perdue par Napoléon. Or ces deux faits ont eu des conséquences très claires et très graves.

Les événements décisifs, ceux qu'on peut appeler d'histoire universelle, sont rares. Il n'est impossible ni de les discerner, ni de les connaître, ni d'en voir les suites. C'est pourquoi, si paradoxale que cette opinion puisse paraître, le général, en histoire, est plus certain que le particulier. Il est plus facile de ne pas se tromper sur tout un pays que sur un personnage. La vue, qui se perd dans les broussailles, embrasse les ensembles: les horizons les plus vastes sont les plus nets.

Cependant, une tentative comme celle qui est faite ici, pour résumer en quelques pages une si longue histoire, n'est point sans quelque péril. Certaines opinions et des jugements brièvement exprimés étonneront, peut-être même offenseront le lecteur. Qu'il me permette de le prier de bien placer son point de vue dans cet espace de trois mille ans.

Nous sommes exposés à grossir certains faits, parce qu'ils nous intéressent plus que d'autres, pour des raisons à nous. Nous connaissons l'antiquité et les siècles de la Renaissance, de Louis XIV et de Voltaire, mieux que le moyen âge et notre siècle: c'est un des effets de notre éducation. Pourtant le moyen âge a ébauché les nations, qui se sont achevées au cours de notre siècle. Ces deux époques sont donc les plus importantes dans l histoire de l'Europe, j'entends l'histoire politique proprement dite.