L'importance des familles et des personnes souveraines a donc diminué: les peuples sont passés au premier plan.
Les affinités ou aversions religieuses déterminent encore des courants dans la politique. Il existe une question internationale de la papauté. La question d'Orient se complique de passions religieuses qui sont vives. Cependant la religion a perdu la place qu'elle occupait aux seizième et dix-septième siècles dans les relations internationales.
L'ambition de l'agrandissement territorial est tempérée par une certaine pudeur. Aucun souverain n'oserait aujourd'hui procéder à une annexion sur des prétextes comme ceux qu'ont donnés Louis XIV avant d'attaquer l'Espagne en 1667, et Frédéric II en 1740, après avoir envahi la Silésie. Si la Pologne avait prolongé de quelques dizaines d'années son existence, même misérable, il eût peut-être été impossible de la tuer.
La guerre n'est plus, comme dans la période précédente, l'état normal de l'Europe; les années de paix ne sont plus l'exception. Il faut, pour se battre, des motifs très graves. Les combats de notre siècle valaient la peine d'être combattus.
Ce n'est pas une raison pour croire que le temps approche où chaque peuple, possédant l'ombre de son figuier, s'y pourra reposer, sans soucis et sans armes.
Les causes de paix.
Mettons dans un des plateaux d'une balance les causes de paix.
C'est, d'abord, l'esprit de la Révolution française. En détruisant le droit de propriété du souverain sur le peuple et sur le pays, en produisant la théorie de la nation consentie par les nationaux, en déclarant la dignité de l'être humain, il a rendu impossibles ou difficiles certaines sortes de guerres.
C'est encore l'universel progrès du travail; l'ardeur de l'usine et la fièvre d'entreprise du comptoir; la circulation, entre tous les pays, des personnes, des idées et des intérêts; une solidarité générale dans l'effort pour acquérir la richesse; un accord dans la volonté de paisiblement jouir.
C'est un état d'esprit opposé à la guerre, où se rencontrent un certain idéal nouveau d'ingénieurs et d'inventeurs, la crainte des incommodités et des dangers de la vie militaire, des restes de nobles idées anciennes, chrétiennes ou philosophiques, des sentiments d'humanité.