Ibrahim-ben-el-Ar'leb apaise la révolte de la milice.--A ce moment, le commandement du Zab était confié à un fils de l'ancien gouverneur El-Ar'leb, nommé Ibrahim, qui avait acquis une grande autorité dans cette situation. Dès qu'il eut appris les événements d'Ifrikiya, Ibrahim se mit en marche, à la tête de ses contingents, pour combattre l'usurpateur. Mais Temmam ne l'attendit pas; il évacua la ville, et le fils d'El-Ar'leb, ayant pris possession de Kaïrouan, annonça en chaire qu'Ibn-Mokatel était toujours le seul gouverneur de l'Ifrikiya. Ce dernier rentra en toute hâte dans sa capitale.
Quant à Temmam, qui s'était réfugié à Tunis, il tenta de semer la désunion parmi les troupes fidèles et même d'indisposer le gouverneur contre Ibrahim; mais toutes ses manœuvres échouèrent et il apprit bientôt que celui-ci marchait contre lui.
Au commencement de février 800, Ibn-el-Ar'leb infligea à Temmam une défaite qui le força à rentrer à Tunis; il se disposait à entreprendre le siège de cette ville, lorsque Temmam lui offrit sa soumission, à condition que lui et ses frères auraient la vie sauve. Cette demande lui ayant été accordée, il se rendit à discrétion et fut conduit à Kaïrouan, d'où on l'expédia en Orient comme prisonnier d'état avec les chefs les plus compromis [409].
[Note 409: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 397.
Ibrahim-ben-el-Ar'leb, nommé gouverneur indépendant, fonde la dynastie ar'lébite.--Cependant, le khalife Haroun-er-Rachid, ayant appris les tristes exploits de son frère de lait, se convainquit de la nécessité de le remplacer en Ifrikiya. Dans l'état des choses, Ibrahim était l'homme de la situation et son choix s'imposait. Le khalife ayant consulté à ce sujet Hertema-ben-Aïan, dont il appréciait fort l'expérience, obtint cette réponse: «Vous n'avez personne de plus aimé, de plus dévoué et de plus digne d'exercer le pouvoir qu'Ibrahim-ben-el-Ar'leb, dont la conduite passée est garante de l'avenir.» Ces paroles achevèrent de décider le khalife qui avait reçu d'Ibn-el-Ar'leb une lettre par laquelle il sollicitait pour lui le gouvernement de l'Ifrikiya, offrant non seulement de renoncer à la subvention de cent mille dinars fournie par le gouvernement de l'Egypte, mais encore de payer au souverain un tribut de quarante mille dinars.
Cette solution, qui allait débarrasser le khalifat d'ennuis toujours renaissants et retarder de plus d'un siècle la chute de l'autorité arabe en Afrique, permettait néanmoins de mesurer tout le terrain perdu dans le Mag'reb. Dès lors, en effet, le gouvernement central n'aurait plus à intervenir dans l'administration du pays qu'il consentait à abandonner, moyennant fermage, à des vice-rois formant une dynastie vassale, et chez lesquels le pouvoir se transmettrait par voie d'hérédité. Ainsi, cette brillante conquête qui avait coûté si cher aux Arabes s'était détachée d'eux, province par province, dans l'espace de moins d'un siècle, et il ne restait au khalifat qu'une suzeraineté presque nominale sur l'Ifrikiya.
Ibrahim apprit officieusement sa nomination; mais, lorsque le courrier porteur des brevets arriva en Afrique, Ibn-Mokatel, qui se trouvait à Tripoli, les intercepta au passage et fit parvenir à Kaïrouan une fausse lettre le maintenant au poste de gouverneur. En recevant cette missive, l'Ar'lebite devina la supercherie; néanmoins il céda la place et reprit avec ses troupes le chemin du Zab. Mais le khalife, à l'annonce de cette incartade de son frère de lait, entra dans une violente colère et intima à Ibn-Mokatel, qui se disposait à revenir à Kaïrouan, l'ordre formel de résigner ses fonctions entre les mains d'Ibrahim. Celui-ci revint aussitôt du Zab et, dans les premiers jours de juillet 800, il prit définitivement la direction des affaires [410].
[Note 410: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 395 et suiv.
Naissance d'Edris II.--Pendant que l'Ifrikiya était le théâtre de ces événements importants, la dynastie edricide, que le khalife Haroun avait cru écraser dans son germe, renaissait pour ainsi dire de ses cendres.
Nous avons vu qu'Edris, en mourant, avait laissé une de ses concubines, nommée Kenza, enceinte. Après les funérailles du prince, le fidèle Rached réunit les principaux chefs des tribus berbères et leur dit: «L'imam Edris est mort sans enfants, mais Kenza, sa femme, est enceinte de sept mois, et, si vous le voulez bien, nous attendrons jusqu'au jour de son accouchement pour prendre un parti: s'il naît un garçon, nous l'élèverons, et quand il sera homme, nous le proclamerons souverain; car, descendant du prophète de Dieu, il apportera avec lui la bénédiction de la famille sacrée [411].»