Abou-l'Abbas paraît ensuite avoir tourné ses regards vers l'ouest et essayé de s'opposer aux empiètements des Rostemides de Tiharet, en faisant construire non loin de cette ville une place forte qu'il nomma El-Abbassïa, s'appuyant sur une ligne de postes avancés; mais il était trop tard pour pouvoir ressaisir une autorité à jamais perdue; avant peu la nouvelle ville devait être brûlée par Afia, fils d'Abd-el-Ouahab-ben-Rostem, poussé à cela par le khalife d'Espagne [441].

Le 11 mai 856, Abou-l'Abbas mourut à Kaïrouan [442]. Quelque temps auparavant, avait eu lieu le décès de Sahnoun, un des plus grands docteurs selon le rite malekite.

[Note 440: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 417.

[Note 441: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 419. Ibn-El-Athir, passim.

[Note 442: ][ (retour) ] El-Kaïrouani donne la date de 854.

Gouvernement d'Abou-Ibrahim-Ahmed.--Abou-Ibrahim-Ahmed succéda à son frère Abou-l'Abbas. Il régna paisiblement pendant trois ans. Vers 859, les Berbères des environs de Tripoli s'étant refusés d'acquitter l'impôt, Abd-Allah, gouverneur de cette ville, marcha contre eux. Mais, après avoir essuyé plusieurs défaites, il dut se renfermer derrière les remparts de Tripoli et demander du secours au gouverneur de Kaïrouan. Ziadet-Allah, frère d'Abou-Ibrahim, accouru en toute hâte à la tête d'une armée, fit rentrer les rebelles dans le devoir, après leur avoir infligé une sévère punition.

Abou-Ibrahim continua à s'occuper de travaux d'utilité publique pour lesquels il avait un grand goût, et en fit profiter non seulement sa capitale, mais encore Souça et plusieurs autres localités. Il s'attacha surtout aux travaux hydrauliques et dota Kaïrouan de plusieurs citernes, notamment de celle appelée El-Madjel-el-Kebir établie près de la porte de Tunis [443].

Ces soins ne l'empêchaient pas de continuer la guerre de Sicile. Abou-l'Abbas-Ibn-Abou-Fezara avait succédé comme commandant militaire à Abou-l'Ar'leb, mort en 851. Ce général poussa activement les opérations militaires et remporta de réels succès qui furent accompagnés des plus grandes cruautés. En 858, il s'empara de Céfalu. Le 24 janvier de l'année suivante, il se rendit maître de la forteresse de Castrogiovanni, qui résistait depuis trente ans et où les Siciliens avaient réuni de grandes richesses. Cette perte causa dans l'île une véritable stupeur, dont profitèrent les Musulmans.

Vers 860, l'empereur Michel III, l'ivrogne, envoya une nouvelle expédition en Sicile. A l'approche des Byzantins, plusieurs cantons se soulevèrent, mais Abbas, ayant écrasé l'armée impériale et forcé ses débris à reprendre la mer, ne tarda pas, grâce à son énergie, à rétablir la paix dans son territoire. Il mourut le 18 août 861 [444].

[Note 443: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 420.