Quelle conclusion tirerons-nous maintenant de cette constatation?

Dirons-nous, comme certains, que la race berbère est d'origine purement sémitique, ou, comme d'autres, purement aryenne?

Nullement. La race berbère, en effet, peut avoir subi, à différents degrés, cette double influence, et il peut exister parmi elle des branches qu'il est possible de rattacher à l'une et à l'autre de ces origines. Mais il n'en est pas moins vrai que, comme ensemble, elle a persisté avec son type spécial de race africaine, type bien connu en Egypte dans les temps anciens, et que l'on retrouve encore maintenant dans toute l'Afrique septentrionale.

Sans vouloir discuter la question de l'unité ou de la pluralité de la famille humaine, il est certain qu'à une époque très reculée, la race libyenne ou berbère s'est trouvée formée et a occupé l'aire qui lui est propre, toute l'Afrique du nord.

Sur ce substratum sont venues, à des époques relativement récentes, s'étendre des invasions dont l'histoire a conservé de vagues souvenirs, et ce contact a laissé son empreinte dans la langue, dans les mœurs et dans les caractères physiologiques. Les peuples cananéens, les Phéniciens ont eu une action indiscutable sur la langue berbère; et les blonds, qui, peut-être, étaient en grande minorité, ont imposé pendant un certain temps leur mode de sépulture aux Libyens du Tell. Malgré l'adoption de la religion musulmane et la modification profonde subie par les populations du nord de l'Afrique, du fait de l'introduction de l'élément arabe, il existe encore en Algérie, notamment aux environs de la Kalàa des Beni-Hammad, dans les montagnes au nord de Mecila, des tribus qui construisent de véritables dolmens.

Mais cette action des étrangers, que nous reconnaissons, a eu des effets plus apparents que profonds, et il s'est passé en Afrique ce qui a eu lieu presque partout et toujours, avec une régularité qui permettrait de faire une loi de ce phénomène: la race vaincue, dominée, asservie, a, peu à peu, par une action lente, imperceptible, absorbé son vainqueur en l'incorporant dans son sein.

Le même fait s'est produit au moyen âge à l'occasion de l'invasion hilalienne, et cependant le nombre des Arabes était relativement considérable et leur mélange avec la race indigène avait été favorisé d'une manière toute particulière, par l'anarchie qui divisait les Berbères et annihilait leurs forces. L'élément arabe a néanmoins été absorbé; mais, en se fondant au milieu de la race autochthone disjointe, il lui a fait adopter, en beaucoup d'endroits, sa langue et ses mœurs.

N'est-ce pas, du reste, ce qui s'est passé en Gaule: l'occupation romaine a romanisé pour de longs siècles les provinces méridionales, sans modifier, d'une manière sensible, l'ensemble de la race. Dans le nord, les conquérants francks se sont rapidement fondus dans la race conquise, sans laisser d'autre souvenir que leur nom substitué à celui des vaincus. Ces effets différents s'expliquent par le degré de civilisation des conquérants, supérieur aux vaincus dans le premier cas, inférieur dans le second. En résumé, ces conquêtes, ces changements dans les dénominations, les lois et les mœurs, n'ont pas empêché la race gauloise de rester, comme fond, celtique.

De même, malgré les influences étrangères qu'elle a subies, la race autochthone du nord de l'Afrique est restée libyque, c'est-à-dire berbère.