Ces nouvelles portèrent à Rome le découragement; si Karthage avait profité de ce moment pour pousser vigoureusement les opérations, nul doute que la guerre n'eût été promptement terminée à son avantage. Mais, soit par l'effet de la vicieuse organisation gouvernementale, soit en raison du caractère propre aux races sémitiques, qui ne s'inclinent que devant la nécessité immédiate, on ne voit Karthage tenter d'efforts décisifs que quand l'ennemi est aux portes et le danger imminent. On resta donc sur cette victoire et la guerre continua pendant plusieurs années, consistant en de petits combats sur terre et des courses de piraterie sur mer. En 247, Amilcar-Barka avait pris le commandement des troupes de Karthage en Sicile, troupes assez peu dévouées et composées en partie de mercenaires de tous les pays. Mais Amilcar était un général de grande valeur; il sut tirer parti de ces éléments mauvais et, sans remporter de succès décisifs, empêcher tout progrès de la part des Romains. Pour contenter ses soldats, il leur fit exécuter une razia dans le Bruttium, puis il vint occuper le mont Ereté [34] qui domine Palerme, et de là, surveillant les routes, ne manqua aucune occasion de tomber sur ses ennemis et de couper les convois [35]. De leur côté les Romains déployaient la plus grande ténacité, si bien que les deux armées rivales en arrivèrent à reconnaître mutuellement l'impossibilité de se vaincre.

[Note 34: ][ (retour) ] Monte Pellegrino.

[Note 35: ][ (retour) ] Polybe, 1. I, p. 57.

Bataille des îles Égates.--Fin de la première guerre punique.--La guerre durait depuis vingt-deux ans et les deux puissances rivales donnaient des signes non équivoques de lassitude, quand Rome, décidée à en finir, eut l'heureuse inspiration de se refaire une marine et d'essayer encore des luttes navales. Au commencement, de l'année 242, trois cents galères, plus un grand nombre de bâtiments de transport, firent voile vers la Sicile. Le consul Lutatius Catulus, qui commandait, s'empara sans difficulté de Drépane et de Lilybée, car les vaisseaux karthaginois étaient absents, soit qu'ils fussent rentrés en Afrique, soit qu'ils se trouvassent retenus dans de lointains voyages. A cette nouvelle, Karthage se prépara à envoyer des troupes en Sicile à son général, dont la situation devenait critique. Quatre cents vaisseaux chargés de vivres, de munitions et d'argent partirent bientôt d'Afrique sous la conduite de Hannon, avec mission d'éviter à tout prix le combat et de débarquer subrepticement les secours dans l'île; mais la vigilance de Lutatius ne put être déjouée. Avec autant d'audace que de courage, il attaqua la flotte punique en face d'Egusa (Favignano), une des Égates, et remporta sur les ennemis une victoire décisive. Cinquante galères karthaginoises furent coulées, soixante-dix capturées, et le reste se dispersa. Ce beau succès allait mettre fin à la campagne.

Démoralisée par sa défaite, Karthage autorisa Amilcar à traiter comme il l'entendrait avec l'ennemi; mais un traité dans ces conditions ne pouvait être que désastreux, c'est-à-dire entraîner la perte de la Sicile, pour la possession de laquelle les Phéniciens luttaient depuis si longtemps. Voici quelles furent les principales conditions imposées à Karthage:

Restitution de tous les prisonniers romains et des transfuges, sans rançon.

Abandon définitif de la Sicile, avec engagement de ne pas attaquer Hiéron ni ses alliés.

Et paiement d'une contribution considérable, dont partie sur-le-champ, et partie en dix annuités [36].

[Note 36: ][ (retour) ] En tout 3200 talents euboïques d'argent.

De son côté, Rome reconnaissait l'intégrité du territoire de Karthage.