Libye intérieure, comprenant les déserts africains. Habitée par les Garamantes, Mélano-Gétules, Leucœthiopiens et des peuplades fantastiques, telles que les Blemmyes, ayant le visage au milieu de la poitrine, et les Egypans aux jambes de boue. Strabon et Pline ne tarderont pas à reproduire ces fables.

Les peuplades berbères obéissent à des chefs, véritables rois, dont le pouvoir se transmet à leurs enfants par hérédité et que nous allons voir entrer en scène.

Guerre des Mercenaires.--Au moment de la conclusion de la paix, vingt mille mercenaires se trouvaient en Sicile, et il fallut, tout d'abord, évacuer cette armée composée des éléments les plus divers: Gaulois, Ligures, Baléares, Macédoniens et surtout Libyens. Giscon, successeur de Amilcar, les expédia par fractions à Karthage, où ils ne tardèrent pas à créer une situation périlleuse, car non seulement il fallut les nourrir, mais encore payer leur solde arriérée. Les désordres commis par cette soldatesque devinrent si intolérables que le gouvernement de Karthage se décida à donner à chaque homme une pièce d'or à la condition qu'il irait s'établir à Sicca [38], sur la frontière de la Numidie. Les Phéniciens, qui avaient espéré s'en débarrasser par ce moyen, jugèrent le moment favorable pour proposer aux mercenaires une réduction considérable sur leur solde. Aussitôt la révolte éclate: en vain Karthage essaie de parlementer et dépêche aux stipendiés plusieurs parlementaires, et enfin le général Giscon avec lequel ceux-ci avaient demandé à traiter; les soldats redoublent d'exigences. Au milieu d'un tumulte effroyable, ils élisent pour chefs deux des leurs, le campanien Spendius et le berbère Mathos. Giscon, abreuvé d'outrages, est arrêté par les rebelles qui adressent un appel aux indigènes. Aussitôt la révolte se propage et l'armée des mercenaires devient formidable [39]; elle se divise en deux troupes dont l'une vient attaquer Hippo-Zarytos (Benzert) et l'autre met le siège devant Utique (239).

[Note 38: ][ (retour) ] Actuellement le Kef.

[Note 39: ][ (retour) ] Polybe, LI, ch. lxvii et suiv.

Dans cette circonstance critique Karthage, au lieu de remettre la direction de la guerre à Amilcar, le seul homme capable de la mener à bien, préféra donner le commandement de ses troupes à Hannon, qui avait déjà fourni la mesure de son incapacité en Sicile. De grands efforts furent faits pour résister à l'attaque des rebelles; mais deux échecs successifs essuyés par le général décidèrent les Karthaginois à le remplacer par Amilcar. Il était temps, car la levée de boucliers des Berbères était générale et les jours de Karthage semblaient comptes. L'histoire de l'Afrique fournit de nombreux exemples de ces tumultes des indigènes, feux de paille qui semblent devoir tout embraser et qui s'éteignent d'eux-mêmes, si la résistance est entre des mains fermes et expérimentées.

En 238, Amilcar avait pris la direction des affaires; bientôt les rebelles furent contraints de lever le siège d'Utique; le général karthaginois, continuant une vigoureuse offensive, infligea aux mercenaires une défaite sérieuse près du fleuve Bagradas (Medjerda) et s'empara d'un certain nombre de villes. Cependant Tunès était toujours aux mains des stipendiés et Mathos continuait le siège de Hippo-Zarytos. Spendius et Antarite, chefs des Gaulois, se détachèrent de ce blocus pour marcher contre les Karthaginois et les mirent en grand péril; mais l'habile Amilcar, qui connaissait les indigènes, était parvenu à détacher de la cause des rebelles un Berbère nommé Naravase. Soutenu par les forces de son nouvel allié, il attaqua résolument les mercenaires et, grâce à sa stratégie et au courage de ses soldats, parvint encore à les vaincre; ils laissèrent un grand nombre de morts sur le champ de bataille et quatre mille prisonniers entre les mains des vainqueurs.

Une des premières conséquences de cette défaite fut la mise à mort de Giscon et de sept cents prisonniers karthaginois que les mercenaires firent périr dans les tortures. Dès lors, la lutte fut, de part et d'autre, suivie de cruautés atroces, ce qui lui valut dans l'histoire le nom de guerre inexpiable. En même temps, Karthage perdait la Sardaigne qu'elle avait laissée à la garde d'une troupe de mercenaires; ceux-ci, suivant l'exemple de leurs collègues d'Afrique, massacrèrent les Phéniciens qui se trouvaient dans l'île et, après avoir commis mille excès, l'offrirent aux Romains. Pour comble de malheur, Utique et Hippo-Zarytos, las de résister, ouvrirent leurs portes aux rebelles. Mathos et Spendius, encouragés par ces succès, vinrent alors, à la tête d'une grande multitude, mettre le siège devant Karthage. La métropole punique réduite de nouveau à la dernière extrémité se vit contrainte d'implorer le secours de Hiéron de Syracuse et des Romains, qui s'empressèrent de l'aider à résister à l'attaque des mercenaires; en même temps Amilcar, soutenu par Naravase, inquiétait les rebelles sur leurs derrières et les attirait à des combats en plaine, où il avait presque toujours l'avantage (237). Contraints de lever le siège de Karthage, les stipendiés se laissèrent pousser par Amilcar dans une sorte de défilé que les historiens appellent défilé de la Hache, où ils se trouvèrent étroitement bloqués, et, comme ils ne voulaient pas se rendre, ils furent bientôt en proie à la plus affreuse famine et contraints, dit l'histoire, de s'entre-dévorer. Ne pouvant plus résister à leurs souffrances, les chefs Spendius, Antarite, un Berbère du nom de Zarzas et quelques autres, se présentèrent, pour traiter, à Amilcar, qui stipula que dix rebelles à son choix seraient laissés à sa disposition et les retint prisonniers. Puis il fit avancer ses troupes et ses éléphants contre les rebelles et les extermina sans faire de quartier. Il en périt, dit-on, quarante mille.

La révolte semblait domptée; mais Tunès tenait encore. Mathos s'y était retranché avec des forces importantes. Amilcar, étant venu l'y assiéger, fut défait, ce qui ajourna pour quelque temps encore l'issue de la campagne. Enfin Karthage, s'étant résolue à un suprême effort, adjoignit Hannon à Amilcar en chargeant les deux généraux d'en finir. Bientôt, en effet, les Karthaginois amenèrent Mathos à tenter le sort d'une bataille en rase campagne et parvinrent à l'écraser. Cette fois, c'en était fait des mercenaires; la révolte était domptée et Karthage échappait à un des plus grands dangers qu'elle eût courus. L'attitude des Berbères pendant cette guerre put lui prouver combien sa domination en Afrique était précaire, car, sans leur appui et leur coopération, les mercenaires n'auraient jamais pu tenir la campagne pendant si longtemps et avec tant de succès [40].

[Note 40: ][ (retour) ] V. pour la guerre des mercenaires: Polybe, 1. I, Corn. Nepos, Amilcar, Tite-Live 1. XX, Justin, XXVII.