Arabion se prononce pour Octave.--Cependant Arabion, qui était sollicité par les deux gouverneurs de se prononcer pour chacun d'eux, gardait une attitude expectante afin de saisir le moment d'intervenir avec profit. Craignant, s'il laissait écraser Sextius, que son adversaire ne devînt trop redoutable, ou, peut-être, prévoyant le triomphe d'Octave, le prince berbère se déclara alors pour ce dernier, et entraîna avec lui les Sittiens. Cette nouvelle rendit la confiance à Sextius alors assiégé par ses ennemis: ayant enflammé le courage de ses soldats, il opéra une sortie heureuse et parvint à triompher de Ventidius, qui resta sur le champ de bataille.

La conséquence de ces événements fut la levée immédiate du siège de Cirta et la retraite de Lélius sur Utique, où se trouvait le camp de Cornificius. Arabion l'y poursuivit, tandis que Sextius arrivait de l'autre côté. Ainsi le partisan d'Antoine se trouvait pris entre deux ennemis; mais il disposait de forces considérables et aurait été en mesure de résister avec fruit, si la fortune ne s'était tournée si manifestement contre lui.

Lélius envoyé en reconnaissance se heurta contre le corps de Sextius, qui l'attaqua avec violence. Secondé par un habile mouvement d'Arabion, celui-ci parvint à le séparer du camp et à le contraindre à la retraite. La cavalerie du prince numide le força de chercher un refuge sur une montagne escarpée. Cornificius, voyant la position critique de son lieutenant, sort du camp pour aller à son secours. Pendant ce temps Arabion a détaché de son armée un corps d'hommes déterminés qui escaladent par surprise les retranchements du camp, et massacrent les soldats laissés à sa garde.

Cornificius, dans cette conjoncture critique, continue à pousser hardiment sa marche pour opérer sa jonction avec Lélius; mais celui-ci ne fait rien pour le seconder, de sorte qu'il reste seul exposé à l'attaque combinée de Sextius et d'Arabion. Bientôt, tous ses soldats tombent autour de lui, et lui-même trouve la mort du guerrier. Pendant ce temps, Lélius désespéré se perçait de son épée et ses soldais démoralisés n'essayaient pas de résister à leurs ennemis.

«La journée avait été bonne pour Arabion; il avait donné une province à Sextius et conquis le pardon de son ancienne hostilité contre César; il rentra dans ses États chargés de dépouilles et peut-être y annexa-t-il quelques cantons de la Nouvelle Numidie. Cette heureuse campagne eut encore pour résultat de raffermir la couronne sur sa tête et de consacrer son titre de roi [120]».

[Note 120: ][ (retour) ] Poulle, Maurétanie, p. 99. Appien, de bell. civ., lib. IV. Dion Cassius, lib. XLVII.

Toute l'Afrique romaine resta ainsi soumise à l'autorité de Sextius. En 43, après la réconciliation d'Octave et d'Antoine et la formation d'un nouveau triumvirat, Sextius fut sacrifié et remplacé par C, F. Fango. L'Afrique avait été conservée par Octave. Mais, à la suite de la bataille de Philippes, en 42, un nouveau partage intervint entre les triumvirs: Antoine reçut l'Orient et dans son lot se trouvèrent la Cyrénaïque et l'Afrique propre, tandis que la Numidie seule restait à César-Octavien, avec les régions de l'Occident.

Arabion s'allie à Sextius lieutenant d'Antoine. Sa mort.--La femme d'Antoine, Fulvie, qui selon l'expression de V. Paterculus n'avait de féminin que le corps, chargea Sextius resté en Afrique de s'emparer de la province échue à son mari. Fango, ne cédant qu'à la force, alla prendre le gouvernement de la Nouvelle Numidie; mais son administration ne l'avait pas rendu sympathique. Il trouva la population en armes, et bientôt une révolte générale éclata contre lui. Arabion et les Sittiens soutenaient les rebelles. Cependant Fango parvint à rétablir son autorité et Arabion, vaincu par lui, alla chercher un refuge auprès de Sextius.

Fango somma ce dernier de lui livrer le roi berbère et, sur son refus, envahit des cantons de l'ancienne province et y porta le ravage. Mais Sextius, secondé par Arabion et un grand nombre de Numides, ayant marché contre lui, le força à une prompte retraite. Sur ces entrefaites, Sextius fit assassiner perfidement Arabion. Les détails fournis par Dion Cassais et Appien, sur ce fait, sont contradictoires, et il est assez difficile de se rendre compte du motif de ce meurtre. Selon ces auteurs, Sextius aurait redouté la grande influence exercée sur les Berbères par Arabion et aurait agi sous la double impulsion de la jalousie et de la crainte.

Quoi qu'il en fût, ce meurtre détacha de Sextius tous les cavaliers numides, qui allèrent offrir leurs services à Fango et le poussèrent à attaquer de nouveau son rival. Mais, encore une fois, la victoire se prononça pour Sextius: Fango vaincu et mis en déroute se donna la mort. Zama, qui résistait encore, ne tarda pas à être réduite à la soumission. Ainsi Sextius resta maître de toute l'Afrique. Il ajouta sans doute à ses provinces l'ancien royaume d'Arabion, la Numidie sétifienne.