Pareils ouvrages instruisent leurs lecteurs qu'ils amusent, et l'excellence de leurs résultats est par trop évidente pour être signalée. Passe-Partout, Nemo, le capitaine Grant, sont de véritables professeurs de géographie, d'histoire naturelle, de physique, déguisés grimés convenablement en héros de romans. L'intrigue même du récit n'est le plus souvent qu'une thèse scientifique, exposée, développée, soutenue, établie au cours d'une aventure imaginaire autant qu'originale et raconté en un très beau style, qui fleurit, comme un jardin de rhétorique, les plaines arides du chiffre et les solitudes austères où les savants de toutes les langues parlent le mot exact du théorème et de l'équation.

Il est souvent advenu qu'un lecteur frivole, alléché par la description brillante mais précise d'un monument, d'une ville, d'un pays, intéressé par le détail inédit, mais toujours exact, des religions, des gouvernements, des langues, des moeurs, des costumes, des industries, des arts professés par les peuples de latitudes différentes, s'en est allé compléter (en même temps que vérifier) dans les ouvrages classiques de la science, les connaissances acquises à la lecture de Jules Verne. Ses romans auront fait alors, mieux et plus vite que les pédagogues et leurs sermons, un lecteur sérieux d'un lecteur frivole et reconquis à l'amour du savoir une intelligence perdue de romanesque et d'aventure.

Alors, dans les bibliothèques publiques comme au foyer de la famille, les livres sérieux occuperont une place d'honneur et de préséance, la seule d'ailleurs qu'ils doivent tenir dans la demeure d'un homme instruit. Alors ce ne sera plus, pour parler avec à propos le langage excellent du rapporteur de l'Institut Canadien de Québec, ce ne sera plus un véritable événement quand quelqu'un demandera au conservateur d'une bibliothèque publique l'usage d'un livre sérieux.

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Ce que Jules Verne a tenté avec un éclatant succès pour l'enseignement populaire de la géographie universelle; ce que Flammarion réalise avec un triomphe é en faveur des connaissances astronomiques; ce qu'enfin la Bibliothèque des Merveilles poursuit, en vulgarisant dans les foules les sciences exactes et les arts, je crois devoir aujourd'hui l'essayer en faveur des archives de notre Histoire du Canada.

A part ce que nous avons appris de force au collège, que savons-nous de l'Histoire du Canada? Combien d'entre nous ont eu la bravoure de compléter les notions rudimentaires des Abrégés suivis en classe, par la lecture entière de Ferland ou de Garneau? Quels rares étudiants, les érudits de l'avenir, sont allés vérifier après coup, dans les archives nationales, les données mêmes de l'histoire, ont remonté le cours des faits et retrouvé les sources, analysé ces eaux de vérité où les auteurs disaient avoir puisé la science, de crainte que le Mensonge ne les eut empoisonnées d'infâmes calomnies?

Et cependant, ce ne sont pas les archives précieuses, uniques, originales, qui manquant à Québec. L'inestimable bibliothèque de l'Université Laval, vaut, elle seule, en trésors archéologiques toutes les collections particulières ou publiques du pays.

Le travail archéologique se réduit maintenant à la peine de lire.

En effet, les chercheurs bibliophiles de notre Histoire du Canada, Fribault, Jacques Viger, Laverdière, Holmes, Papineau, Sir Lafontaine, parmi les morts, les abbés Bois, Raymond Casgrain, Tanguay, Verreault, Messieurs Joseph Charles Taché, Douglas Brymner, Benjamin Sulte, James Lemoine, parmi les vivants, ont taillé toute la besogne, parachevé la tâche avant même que nous jeunes gens, fussions sortis du collège.

Le vénérable doyen de notre littérature canadienne-française, l'Honorable M. Chauveau, a publié, dans son Introduction aux Jugements et Délibérations du Conseil Souverain de la Nouvelle France, une nomenclature aussi complète qu'intéressante des principales archives relevées au pays depuis quarante ans, et en particulier dans la province de Québec.