Roquemado?
Oui, Roquemado, en Bretagne, aujourd'hui Roc-Amadour80, était au temps de Jacques Cartier comme encore de nos jours, un lieu de pèlerinage célèbre. Il jouissait, par toute la France, d'une renommée extraordinaire, et les miracles qui s'y opéraient égalèrent ceux des meilleurs thaumaturges. Notre-Dame de Roquemado, Jacques Cartier lui fit voeu de pèlerin avec tout son équipage, promettant y aller si Dieu lui donnait grâce de retourner en France.
Note 79: "Notre cappitaine voyant la pitié et maladie ainsi esmeue fist mettre le monde en prières et oraisons et feist porter ung ymage en remembrance de la Vierge Marie contre un arbre distant de nostre fort d'un traict d'arc le travers des neiges et glaces. Et ordonna que le dimanche ensuyvant l'on dirait au dict lieu la messe. Et qua tous ceux qui pourroient cheminer tant sans que malades yroient à la procession chantant les sept psaumes de David avec la litanie en priant la dite Vierge qu'il luy pleut prier son cher Enfant qu'il eust pitié de nous. La messe dicte et célébrée devant le dict ymage, se feist le cappitaine pèlerin à Notre Dame de Roquemado promettant y aller si Dieu luy donnait grâce de retourner en France." Voyage de Jacques Cartier 1535-36, feuillet 35. Édition 1545. Roquemado ou Roquamadou. "Ou pour mieux dire Roque Amadou, c'est-à-dire des Amans. C'est un bourg en Querci, où il y a force pèlerins." Lescarbot.
Note 80: N.D. de ROQUEMADO pour Rocamadour (le roc à St-Amadour), bourg de France (Lot) sur l'Alzon, 133 25 kil. N. E. de Gourdon, chef lieu d'arrondissement à 32 kil N. de Cahors. Rocamadour est adossé à des rochers à pic. 1,600 habitants. Ruines d'une abbaye, qui, selon la tradition contient les reliques de S. Amadour, et but de pèlerinage; antique église où l'on conserve, dit-on, la fameuse Durandal, épée du paladin Roland. Bouillet. Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie, 1874, pages 1618-16, au mot Rocamadour.
Rocamadour est encore un lieu de pèlerinage.
A M. l'abbé Bégin, qui a visité attentivement la Bretagne, je dois beaucoup de reconnaissance pour m'avoir donné l'énigme du mot ancien Roquemado.
Cette boiserie peinte appartenait à la première église de rocamadour, bâtie sous Charlemagne. Le prieur de l'abbaye l'avait donnée au capitaine-général, à son premier départ de St-Malo, comme porte-bonheur et sauvegarde. Avouez que le divin talisman n'a pas menti à son maître.
Elle était bien la contemporaine de Charlemagne la vieille ymage en remembrance de la vierge Marie, avec sa figure écaillée, racornie, envahie à toutes ses rides, comme un visage de centenaire, par une moisissure fine, blanche et déliée. Cela venait autant de l'humidité de la caravelle que du salin de la mer; car la précieuse et sainte relique n'avait pas quitté l bord de la Grande Hermine depuis la course fameuse du hardi navigateur sur l'Océan. Elle était bien de son époque et encore plus en ressemblance des hommes et des artistes de ce temps. Le sens du coloris comme la science du trait, manquaient absolument à cette caricature badigeonnée de couleurs voyantes, heurtées, mal assorties, tracées en lignes roides et grossières, où l'expression du Beau Éternel Divin était traduite par la diabolique hideur de l'Idole.
Et cependant cette peinture claustrale, cette primitive ébauche de l'art chrétien, plus enténébrée que les fresques des Catacombes, était demeurée pendant sept cents ans, et pour des milliers d'âmes, le modèle, l'idéal, le Divin regardé en plein éclat de rayonnement. Cette naïve et rude image de la Vierge du Bel Amour et d'un Enfant, le plus beau des Enfants des hommes, avait ravi plus haut que la passion et jusqu'à l'extase les visionnaires, les ascètes, les contemplatifs religieux qui la voyaient, eux, à la lumière de leurs ferveurs et de leur foi ardente. Encore aujourd'hui n'est-il pas dans la foule, pour vous ou moi seuls, une figure, un visage, un profil, vulgaire, obscur, laid à tous autres, et qui apparaît qui demeure toujours beau, pour vous ou moi qui les regardons dans l'auréole permanente d'une action grande et noble?
J'en étais là de mes réflexions quand une voix mâle, un peu rude à l'oreille, comme à la main le toucher d'un cordage neuf, chanta avec une suave et pénétrante expression religieuse:
Adeste, fideles, laeti, triumphantes;
Venite, venite in Bethleem,