— Oh ! cela va tout à fait ; je suis délassée et je pourrai aller vous aider encore aujourd’hui.
— Cela, par exemple, je te le défends bien ! pour le travail que tu peux faire, ce n’est pas la peine de venir si loin ; d’ailleurs, ce serait dangereux.
Elle se releva sur un coude, péniblement, car elle était très lourde.
— Je m’ennuie toute seule ici, fit-elle ; j’aime mieux aller râteler.
Il se récria de nouveau :
— Mais tu es folle ! râteler par une chaleur pareille ! et pour gagner quoi ? rien du tout ! Il est bon d’avoir de la complaisance, mais dans ton état, il vaut mieux rester chez soi.
— Tu peux dire tout ce que tu voudras, j’irai quand même. Si l’on ne me donne pas d’argent, je gagnerai toujours ma vie et celle de Marthe ; la pauvre petite n’a pas déjà si souvent l’occasion de faire un bon repas !
Séverin essaya encore de raisonner, mais elle se recoucha, muette, décidée à n’en faire qu’à sa tête. Alors il l’embrassa et sortit en toute hâte.
La porte refermée, la chambre redevint noire. Les enfants, ainsi qu’il arrivait chaque matin, s’étaient réveillés à demi au départ de leur père. Louise se plaignit : Antonin venait de lui allonger un coup de pied. Ils commençaient à être grands et leurs jambes se rejoignaient au milieu du lit ; cela causait de fréquentes disputes. Quand Louise se tut, ce fut le tour de Georgette : le même Antonin lui ayant égratigné un pied avec l’ongle de son gros orteil, elle cria. Le drôle, menacé, fit semblant de ronfler pendant que Constant rigolait à l’étouffée. Furieuse, la petite se mit à pleurer très sérieusement et sa mère dut l’inviter à venir se blottir à côté d’elle, dans l’autre lit. Cette faveur l’ayant consolée, toute la maisonnée dormit encore un petit bout de temps.
Quand il fit assez clair pour qu’on pût s’habiller sans chandelle, Delphine se leva, alluma un petit feu et se mit à préparer la soupe.