A vrai dire Séverin prenait goût à la pêche. Il passait tous ses dimanches au bord de l’eau, l’oreille au guet par crainte des gendarmes. Il en arriva à rêver des coups plus fructueux. Une nuit il essaya de prendre des grenouilles en les attirant avec une chandelle ; il avait entendu dire que l’on réussissait ainsi des pêches étonnantes, mais il ne prit rien. Une autre fois, un samedi soir, il voulut emmener Gustinet pêcher dans la Sèvre, très loin ; heureusement, Gustinet refusa ; il craignait l’eau, ne s’étant baigné que deux fois, pendant son service.

D’anciens désirs de braconne se réveillaient aussi en Séverin. Il commençait à suivre de l’œil les vols de perdrix et à relever la trace des lièvres ; mais il hésitait à chasser à cause des désagréments certains que cela lui amènerait ; il se souvenait de son défunt père à qui la réputation de tendeur de lacets avait fait si grand tort.

Pourtant un jour il attrapa un écureuil vivant qui lui fut acheté cinq sous ; la semaine suivante, il trouva une nichée de lapins et réussit à prendre tout, la mère et les petits.

Enfin, un dimanche de décembre, comme la neige était sur la terre, il partit avec deux francs braconniers des Pelleteries ; toute la journée les trois hommes suivirent des pistes de bêtes ; la chasse fut bonne : deux putois et quatre lapins. Séverin eut quatre francs pour sa part. Cela l’allécha ; un beau matin, il acheta un peu de poudre et du plomb.

De temps en temps il empruntait le fusil de Gustinet — un vieux fusil à baguette dont la crosse en bois blanc se démontait — et, par les beaux clairs de lune, il sortait seul pour aller se mettre à l’affût dans quelque charrière. Il prenait de grandes précautions pour ne pas être vendu, mais les chasseurs des environs finirent tout de même par se méfier et plus d’une fois les gendarmes rôdèrent autour des Pelleteries et autour du Pâtis.

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Un jour, comme Chauvin se disposait à sortir de chez M. Magnon, à qui il venait de payer son fermage, il s’entendit rappeler :

— Chauvin ! criait M. Magnon, Chauvin ! j’ai encore quelque chose à vous dire.

Le fermier revint dans la cuisine où l’autre l’avait reçu.

— Quoi donc, notre maître ?