— Tu le vois ; je garde mes cochons en attendant le marchand. Et toi, que cherches-tu ?

— Moi, je cherche à me gager, parce que j’ai quitté ma condition voilà huit jours passés.

Ils avaient beaucoup de choses à se dire. Elle lui montra une grosse pierre où elle était assise avant qu’il vînt. Il y avait place pour deux en se serrant un peu. Il s’assit donc à côté d’elle. Elle portait large ; il sentait contre lui sa hanche molle. Elle avait au cou des plis de chair comme en ont aux cuisses les enfants très gras ; la sueur avait entraîné dans ces plis la poussière de la journée et cela faisait sur la peau comme des bouts de fil noir.

— C’est égal, dit Séverin, tu n’es pas faillie !

— Non ! Ah ! je suis grosse ! Je pèse bien deux cents ; ça gêne l’été ; on échauffe… Je ne porte plus de corset… Je ne suis guère avenante… Tout ça, ajouta-t-elle en montrant sa poitrine énorme et son ventre, tout ça fait carnaval ensemble quand je marche vite.

Séverin se mit à rire.

— Enfin, c’est signe que tu n’as pas été malheureuse.

— Pas malheureuse ! Oh ! si et je ne suis pas au bout.

Elle conta sa vie. Elle avait eu deux bâtards, comme il savait sans doute. Cela lui ayant fait tort dans la région, elle avait été au loin, et elle s’était mariée dans le haut pays avec un veuf de cinquante ans qui tenait une petite borderie.

Dame ! les gens des alentours avaient ri le jour de la noce et, le soir, les gars étaient venus faire le charivari à la porte. Ce n’était pas bien gai ; mais quoi ! avec deux bâtards, elle n’avait pas le droit d’être difficile.