Car il molestait les gens de peu.

Petit devant le maire, petit devant sa femme, petit devant les bourgeois qui lui donnaient droit de chasse, il se faisait très grand devant les humbles. Arrogant, bougon, il était le plus souvent à gifler ; parfois cependant sa grosse jovialité perçait ; il blaguait lourdement les servantes qui avaient fauté.

Quand Maufret et Séverin entrèrent, il était occupé à mettre le sceau de la mairie sur un éparpillement de feuilles blanches. A chaque coup de tampon, il examinait le papier avec le froncement d’un homme qui a conscience de ses responsabilités.

Eux, debout, attendirent ; M. Caillas se retourna enfin, les regarda un moment de pied en cap, puis, comme un homme qui se réveille :

— Ah ! c’est vous ? Vous venez encore pour un drôle, Maufret ?

— Tout juste, monsieur Caillas, même que c’est la deuxième fois ; Mme Caillas…

— Eh bien ! quand ce serait la dixième ! Pensez-vous que je sois là pour vous attendre et pour vous servir ? Vous ne pouvez pas venir à l’heure convenable, pas vrai ?

— Faites excuse, monsieur Caillas, nous ne savions pas. A quelle heure faut-il venir ?

— Té ! quand je suis à la maison, pardi ! Il est malin encore, ce vieux.

Mme Caillas éclata de rire. Les deux paysans se mirent aussi à rire, par contenance. L’autre continua :