Madeleine avait le cœur bien gros et bien lourd. Et, pourtant, elle avait agi selon la raison. Il lui restait juste cinq francs, et la poupée — qu’elle avait bien marchandée, pardi ! en valait trois. La prendre eût été folie, car la Toussaint était encore loin et avec quarante malheureux sous, que peut-on acheter ?
Mais cette Germaine, tout de même ! Trois poupées ! pourquoi pas dix ? Qu’est-ce qu’elle en faisait de ces trois poupées ? Sa mère les lui avait achetées pour qu’elle les fît voir, tout simplement !…
Madeleine se mettait en colère toute seule.
— Celle de l’Ouchette, je la connais ; c’est une glorieuse !… Et puis elle est vexante… Toutes les fois qu’elle me voit, ce qu’elle m’en dit !… Trois poupées ! peut-on gaspiller son argent comme ça !… Elle aura beau faire, elle peut acheter tout ce qu’elle voudra, sa grande Germaine n’en sera ni plus fine ni plus belle… Qu’elle essaye donc de la mettre à côté de Lalie !… A la Toussaint, puisqu’il en est ainsi, si je n’achète pas une poupée de cent sous, je veux perdre mon nom ! Ah ! je lui ferai voir, moi ?…
Elle grommelait en attisant son feu et elle secouait ses pincettes.
Une grosse voix sonna derrière elle.
— Eh bien ! Eh bien ! Je pense que tu en fais du tapage !
Elle se releva en rougissant, puis elle se mit à rire en reconnaissant son frère.
Il était arrivé sans qu’elle l’entendît et il se tenait sur le seuil.
— C’est toi ! dit-elle ; entre donc !