— Vous m’espionnerez… Par tous les moyens vous me ferez tort auprès de votre patron… Je sais pourquoi !
Violette s’était avancée la figure si méchante qu’elle en était laide.
— D’autres ont été jalouses de moi, dit-elle, mais pas encore des guenuches comme vous !
Madeleine la laissait aller, sans grand dépit. Alors elle s’avança encore et, avec son mauvais rire :
— Écoutez-moi ! A ce jeu vous n’êtes pas de force… Puisqu’il n’y a rien pour vous retenir — c’est comme cela que vous parlez, n’est-ce pas ? — puisque rien ne peut vous retenir, ni la honte, ni la religion, ni la crainte de votre mère, eh bien, c’est moi qui vous baillerai la pénitence !… Dès maintenant, je vous engage à vous déshabituer des Moulinettes.
Madeleine blêmit et ses mains montèrent à sa gorge.
— Qu’est-ce que vous dites ? qu’est-ce que vous osez dire ?
— Ne vous frappez pas ! ne criez pas comme cela, voyons !… Je suis bonne fille ; je vous préviens un mois avant la Toussaint… Vous aurez le temps de chercher une autre condition.
— Mais vous ne savez pas… vous ne pouvez pas imaginer…
— Mais si ! parfaitement… Je sais, j’imagine ; et c’est à cause de cela que je vous ferai partir. Cela vous apprendra d’ailleurs à vous mêler de vos affaires.