— Madeleine, le malheur est sur ma vie !
— Et sur la mienne, est-ce donc le bonheur qui règne ? Mais qui s’en occuperait ? Pas toi, à coup sûr !… Il n’y a que Violette ; tout pour Violette ! Va-t’en !… Ah mon argent ! tu le lui porterais encore et elle serait bien capable de le prendre… Cet argent, il n’est pas à moi, il est à ces enfants que tu vois. A cette heure, je trouve qu’elle les a assez volés, ta coureuse !… Je la hais ! Tu ne sais pas comme je la hais !… Tu ne sais rien, toi !… J’avais une petite, la plus mignonne du canton, la plus mignonne du monde et la plus fine ; eh bien, à cause de ta Violette, j’ai failli la voir mourir, la voir brûler, toute vivante ! et maintenant ce n’est pas encore assez, elle me la prend ! Elle me prend Lalie, elle me prend Jo, elle me prend tout !… Tout ce que je leur ai dit, elle le démentira ; elle changera leur religion, elle changera leur cœur… Si elle peut, dans leur souvenir, elle effacera jusqu’à mon nom !… Ah ! Damnation ! Je la hais !… Toi qui me parles d’elle, va-t’en ! va-t’en !
Cuirassier, toujours à reculons, avait gagné le seuil… Il n’écoutait pas. En ses yeux élargis par l’ivresse, une flamme de folie s’était levée.
Il tendit le bras ; sa main de géant s’ouvrit, se referma, joua plusieurs fois comme une énorme pince.
— Le malheur est sur ma vie !… Si un homme est devant moi, priez pour lui, je ferai un coup de galères !
Michel arrivait de Chantepie où il était allé faire les dernières démarches. Tout était enfin réglé : il serait baptisé le dimanche précédant le mariage. Le prêtre consentait à faire les choses simplement, sans bruit, sans apparat, sans insolence de victoire. Michel en était content. Il dit sa joie à Madeleine qu’il tenait maintenant au courant de tout. Elle répondit quelques mots seulement et sur un ton de politesse indifférente.
Alors il se tourna vers les enfants :
— On a pensé à vous, dit-il ; tiens, Jo.
Il tendit à l’enfant un sac de dragées.