— Nêne, dit Jo, je crois qu’ils ne sont pas à leur aise !
Aux lèvres de Madeleine remontaient les contes de la vieille tante folle ; mais elle les trouvait effrayants et mauvais à cause de cela ; elle ne dit que ce qui était sa croyance.
— Il y a trois mondes… Le monde du dessus qui est le bon… Le monde du milieu : c’est le nôtre, il est bon et mauvais… Le monde du dessous : priez pour nous ! C’est le poison ; le mal en sort comme une fumée noire… Il y a trois mondes qui ne se ressemblent pas. Nous en connaissons un ; dans les autres les choses ne sont pas pareilles ; personne ne peut comprendre ; nos yeux ne servent de rien, ni nos oreilles.
Elle parlait avec douceur et sa peine s’apaisait. Avec le soir, une grande pitié tombait du ciel.
— Quand nous serons morts, nous irons en haut ou en bas selon la justice. Ceux de là-haut, ce sont ceux qui ont aimé ; ils aiment encore ? ils veillent sur nous.
— Ils nous voient donc ? demanda Lalie.
— Ils nous voient. Ainsi, pour vous, mes petits…
Elle hésita, ne sachant comment dire ce qui lui venait au cœur.
— Pour vous, il y a de l’aide, là-haut. Votre mère est au Paradis et vous regarde. Elle vous aime ; personne ne peut vous aimer autant qu’elle… personne !
Les enfants se taisaient, les yeux larges. Madeleine pensait tout haut et sa parole montait comme une prière.