Mais d’autres idées l’assiégèrent, étrangères à son souci. En vain il les chassa comme mouches importunes : elles bourdonnèrent encore, toutes proches, ardentes, obstinées, cruelles.
Il vit avec joie son père se lever à l’autre bout de l’aire et venir vers lui. Son père parlait beaucoup et, volontiers, du temps pas encore loin où, devant Michel, la vie était comme un chemin fleuri.
— Tu as dormi, père ?
Le vieillard s’était assis sur la paille à côté de lui.
— Pas longtemps : les mouches sont dévorantes… Et toi ?
— Oh ! moi !…
La parole resta suspendue et le vieux y sentit la fêlure du chagrin. Il ne bougea pas, mais ses paupières battirent.
Entre le père et le fils il n’y avait jamais eu rien de désobligeant et ils avaient l’un pour l’autre une belle affection d’homme, une tendresse silencieuse, mais vigilante et profonde.
Le père fut un moment songeur, cherchant des mots de consolation. N’en trouvant pas qui fussent à son gré, il finit par dire :
— Faut pas emprunter ! Vends ta récolte tout de suite… Tu feras un mauvais marché, mais ça vaut encore mieux.