Sans souci du lieu, il s’était retourné sur son banc et, chétif, avec de maigres gestes, il commençait un discours, un des prêches entendus aux réunions de la société religieuse de tempérance.

Les autres qui avaient d’abord fait silence, intrigués par ce jargon bizarre, le tournèrent en dérision.

Encore un drôle de garçon ce Samuel ! Voilà-t-il pas maintenant qu’il était péché de boire du vin !

Gédéon criait : c’est un canard ! heureux d’avoir trouvé cette plaisanterie. Et, très excité, quand Tiennette apporta le pichet, il lui prit des mains et versant lui-même :

— Tiens, mon canet, barbote !

Sans marquer l’insolence, l’autre leva son verre :

— Je bois la liqueur de Rédemption…

Le reste de sa phrase se perdit à travers les éclats de rires. Gédéon tenait le pichet :

— Ne t’en prive pas, vieux, si cela te fait du bien.

Pourtant à la table des Dissidents, quelqu’un blâma le jeune homme. De loin, Corbier lui fit signe de se taire.